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Mikhaïl Gorbatchev : «L'occident impose son mode de vie sans tenir compte de l'avis des populations»

Selon le dernier dirigeant de l'URSS, les chefs d'Etat occidentaux ont longtemps voulu imposer leurs propres valeurs démocratiques dans des pays sans le consentement des peuples, comportement qui aurait causé notamment la chute de l'Union soviétique.

L'ancien dirigeant soviétique s'est exprimé pour l'agence Interfax juste avant le 25e anniversaire du coup d'Etat avorté de 1991 qui a entraîné la chute de l'Union soviétique.

«À l'époque, je l'avais déjà dit aux Américains : vous essayez d'imposer votre mode de vie et votre démocratie aux populations de différents pays et cultures, mais vous oubliez que les gens doivent pouvoir avoir le droit de choisir. Mais ils [Washington] ont continué et continuent à poursuivre cette politique étrangère. Même le président [Barack] Obama, élu démocratiquement et bénéficiant à cet égard d'une autorité importante dans le pays, ne pourrait changer le cours des choses», a déclaré Mikhaïl Gorbatchev. 

L'ex-chef d'Etat, dont la politique d'apaisement a mené à la fin de la Guerre froide, a blâmé l'Occident pour sa jubilation après l'effondrement de l'Union soviétique au lieu d'aider le pays, étant donné que Washington «ne voulait pas d'une Russie démocratique puissante». 

«Ils [le régime de Washington] ne voulaient pas que l'Union soviétique renaisse en tant que nouvelle puissance démocratique car cela aurait signifié que, ni la politique de mesures unilatérales, ni la politique de domination des Etats-Unis dans les affaires mondiales n'auraient pu fonctionner», a expliqué l'ex-dirigeant soviétique.

«Lorsqu'ils [Washington] ont fait le choix de Boris Eltsine [le successeur de Gorbatchev à la tête de la Fédération de Russie, après la chute de l'URSS], leur but était le même : empêcher l'émergence d'une Russie en tant que nouvelle puissance démocratique. Souvenez vous, lorsque l'Union soviétique s'est effondrée, quel a été la réaction de l'Occident ? Ils ont dit que c'était "un cadeau du ciel". Et quand la Russie était au plus bas, le président américain a ouvertement applaudi l'establishment russe de l'époque», a ajouté Mikhaïl Gorbatchev. 

L'homme a cependant déclaré que l'ingérence étrangère n'avait pas été le facteur principal ayant contribué à la chute de l'URSS, affirmant que les autorités étaient «en retard sur les réformes nécessaires au pays».  

«Les Etats membres de l'ex-Union soviétique se sont renforcés. Nous avons pris conscience qu'il y avait des contradictions, que l'ancienne forme de l'Union soviétique ne répondait plus aux besoins du pays, qui avait besoin d'être réformé, décentralisé, mais qui ne devait pas être détruit», a-t-il déclaré.

Mikhaïl Gorbatchev a cependant expliqué que la chute de l'URSS n'était pas une surprise. Il a notamment mentionné un certain nombre de «tentatives de ruiner la perestroïka [le processus de restructuration de l'Etat, intégrant notamment une politique d'apaisement envers les Etats-Unis], se mêlant au processus de démocratisation» dans le pays.

Selon les mots de l'ex-dirigeant, son erreur majeure a été de laisser la confiance dans le succès de ses politiques se transformer en arrogance, ce qui aurait provoqué le coup d'Etat ayant entraîné la fin de l'URSS.

«Je suis absolument convaincu que nous étions sur la bonne voie, et que j'ai pu résister aux forces qui se dressaient sur le chemin de la perestroïka», a déclaré Mikhaïl Gorbatchev.

Durant son mandat, l'homme a tenté de réformer le Parti communiste et d'endiguer la stagnation de l'économie étatisée en introduisant une série de réformes démocratiques.