Nauru : des rapports de maltraitance du centre de demandeurs d'asile auraient été minimisés

© David Gray Source: Reuters

Une nouvelle fuite de documents révèle que la société de sécurité privée Wilson aurait illégalement minimisé la gravité de nombreux cas d’abus sexuel et de maltraitance survenus au centre pour demandeurs d’asile de l'ancienne colonie australienne.

Après la révélation de 8 000 pages de rapports concernant plus de 2 000 cas de maltraitance à Nauru, de nouveaux fichiers confidentiels publiés par le quotidien britannique The Guardian sèment le doute sur les agissements de la compagnie Wilson, employée par le gouvernement australien pour y assurer la sécurité.

La minuscule île de Nauru (21 kilomètres carrés), ancienne colonie australienne de Micronésie ayant accédé à l’indépendance en 1968, accueille le «centre de traitement» pour demandeurs d’asile rejetés par l’Australie. Le ministère de l’Immigration australien assure le financement de ce centre devenu une sorte de prison extra-territoriale souvent présentée dans la presse comme un «Guantanamo australien».

Plus d’une centaine de rapports d’abus et de violences signalés par des sociétés australiennes travaillant dans ce centre pour demandeurs d’asiles, ont en effet été modifiés par le groupe Wilson.

Si certaines modifications du degré de gravité des incidents étaient légitimes, le quotidien britannique note que d’autres ont été effectuées en violation de la charte à laquelle l’agence de sécurité privée, engagée par le département australien de l’Immigration, a souscrit.

Ainsi, un membre de l’ONG de défense des droits de l’enfant Save the Children avait communiqué en 2015 un incident qualifié de «majeur» à la société Wilson, au sujet d’une fillette qui avait arrêté de prendre ses médicaments et avait confié qu’elle «voulait mourir et ne se souciait plus de rien».

Alors que la charte précise qu’une «menace d’atteinte à soi-même […] impliquant des mineurs (moins de 18 ans) est classée comme incident majeur», un fonctionnaire du groupe de sécurité a modifié le rapport, pour le qualifier de «mineur».

© Capture d'écran du Guardian

D’autres cas similaires ont été observés par le Guardian. Une plainte pour agression sexuelle d’un enfant de moins de 10 ans, qui avait accusé un gardien du centre d’avoir «joué avec son derrière» est passée de «critique» (le plus haut niveau de gravité) à «majeur» d’un simple coup de stylo.

Un incident «majeur» impliquant une demandeuse d’asile, qui déclarait avoir été attouchée par un autre gardien a, lui, été abaissé au simple statut d’«information» par un membre de la compagnie en charge de la sécurité.

L’échelle de gravité des incidents, définie dans la charte qui lie la société Wilson à son employeur, le département australien de l’Immigration, va de la simple «information» à l’incident «critique».

Ce dernier type d’incident doit être immédiatement communiqué par les agents de sécurité à leur hiérarchie, alors que si la gravité est moindre, comme dans le cas d’un rapport d’«information», l’affaire peut n’être communiquée que des heures plus tard.

De son côté, le groupe «Wilson Security rejette catégoriquement toute allégation selon laquelle les rapports des incidents ont été systématiquement minimisés en violation de la charte de communication des incidents et ajoute que [la note de gravité de certains] rapports d’incidents a aussi été régulièrement augmentée si nécessaire», a fait savoir un porte-parole.

Le 9 août, le quotidien britannique a rendues publiques des milliers de pages mettant en lumière les conditions de détention cruelles dans lesquelles vivent de nombreux demandeurs d’asile (en particulier les enfants) du centre de détention de Nauru. Il y était notamment question d’abus sexuels, d’automutilation et de violence physique et morale.

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