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Italie : un carabinier tue un migrant violent, le camp se révolte

Rosarno, en Calabre, est le théâtre d’affrontements réguliers entre migrants et forces de l’ordre. Mercredi, un policier a dû faire usage de son arme et a tué un occupant du camp. Depuis, une atmosphère d’insurrection a envahi les environs.

Il s’appelait Sekine Traore. Il venait du Mali et avait 27 ans. Mercredi, il est rentré dans un accès de rage terrible et est devenu incontrôlable. Selon de nombreux témoignages recueillis dans le camp de migrants de Rosarno, Sekine a attaqué plusieurs autres demandeurs d’asile à l’aide d’un couteau de cuisine. Il a notamment agressé un citoyen du Burkina Fasso pour un motif peu clair, des témoignages faisant état d’une cigarette refusée. Après s’en être pris à ses colocataires du camp, il a jeté des projectiles sur une patrouille des forces de l’ordre venue ramener le calme.

Mais c’est au moment où il a touché un militaire au visage que la situation a fortement dégénéré. Les collègues du blessés ont pourtant réussi à enlever son couteau à l’agresseur mais Sekine s’est à nouveau jeté sur le carabinier qui a fait usage de son arme, blessant mortellement le malien à l’abdomen. Depuis, la santé mentale de Sekine est mise en doute.

«Carabiniers racistes !»

D’habitude très divisés et s’affrontant pour la suprématie sur le camp, les migrants semblent désormais faire cause commune. Jeudi, au lendemain du drame, les esprits s’échauffaient. Durant tout la nuit, beaucoup ont attisé la colère. Seules quelques journalistes arrivent encore à pénétrer dans le camp, mais les forces de l’ordre n'y sont plus les bienvenues.

A la moindre apparition des policiers et carabiniers, projectiles et pierres volent. Beaucoup de demandeurs d’asile ont le visage dissimulé, ils portent des casquettes avec les visières baissées, des chapeaux, des masques de ski et autres écharpes. Les autorités craignent que certains soient armés. On évoque des couteaux.

Les migrants ont même improvisé une sorte de service d’ordre qui filtre les voitures et bloquent ceux qu’ils jugent indésirables.

Les occupants du camp ne s’en cachent pas. Ils veulent «rendre justice» à Sekine Traore. Les cris fendent l’air de la petite cité calabraise. «Italiens racistes», «fuck la police», et autres menaces sont lancées en direction des forces de l’ordre qui restent à bonne distance tout en surveillant le camp.

Récemment, les affrontements ont été nombreux dans les environs de Rosarno et de la ville voisine de San Fernando. Les habitants sont excédés et les fantômes de janvier 2012 refont surface. Les habitants de Rosarno s’étaient livrés à une véritable chasse à l’homme dans les rues de la ville. Ils prenaient pour cibles les migrants africains venus pour travailler aux récoltes. A l’époque, la  ’Ndrangheta, la puissante mafia calabraise, avait été pointée du doigt.