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Amnesty International : l'accord entre l'UE et la Turquie est «irréfléchi» et «illégal»

L’organisation non-gouvernementale des droits de l’homme exige la suppression immédiate de l’accord conclu entre Bruxelles et Ankara, les réfugiés devant attendre plusieurs années avant que leurs documents ne soient examinés.

AmnestyInternational  a publié sur son site officiel un rapport qui met en évidence l’incapacité de la Turquie à faire face au nombre extrêmement élevé réfugiés.

«L'accord entre l'UE et la Turquie est irréfléchi et illégal. Les recherches menées par Amnesty International montrent qu'il est erroné de penser que la Turquie est à même de respecter les droits et de subvenir aux besoins de plus de trois millions de personnes réfugiées et en quête d'asile», a expliqué John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

Pour étayer leur propos, les responsables de l’organisation non-gouvernementale expliquent qu’en avril, les services turcs ont indiqué avoir traité 4 000 demandes d'asile, ce qui ne représente que 1,5 % des 266 000 demandes enregistrées par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en 2015.

Les auteurs du rapport démontrent ainsi que le rythme de travail de la Turquie mènerait des millions des réfugiés dans une impasse. D’après l’accord signé entre l’UE et la Turquie, les réfugiés doivent être soit intégrés dans le pays, soit réinstallés dans un autre pays, soit rapatriés dans leur pays d'origine. Si la Turquie n'octroie pas le statut de réfugié plein et entier à ces individus, la communauté internationale ne fournira pas de solutions suffisantes de réinstallation et ils seront obligés d’attendre leur tour pendant des années.

En outre, les conditions de vie accordées aux réfugiés sont, selon le rapport, pitoyables. Si l’on en croit les chiffres officiels, les autorités turques fournissent un logement à un peu plus de 264 000 réfugiés syriens dans des camps situés dans des provinces du sud du pays, mais le nombre réel des nouveaux-arrivés dépasserait les trois millions.

«La Turquie est un pays hôte généreux pour les personnes réfugiées, mais les promesses faites aux dirigeants de l'UE ne se traduisent pas sur le terrain. Les demandeurs d'asile et les réfugiés se retrouvent bloqués durant des années en Turquie, et pendant qu'ils attendent, ils ne reçoivent pas d'aide et n'ont pas le droit de subvenir à leurs besoins», a conclu John Dalhuisen.

Le 18 mars, Bruxelles et Ankara ont signé un accord selon lequel la Turquie s'est engagé à accepter le retour sur son sol de tous les migrants entrés illégalement en Grèce depuis son territoire à partir du 20 mars 2016. Pour chaque réfugié syrien renvoyé en Turquie, un autre devra être «réinstallé» dans un pays européen, dans la limite de 72 000 places. En contrepartie, Bruxelles doit  fournir à Ankara jusqu'à six milliards d'euros, relancer les discussions sur l'intégration de la Turquie à l'UE et accélérer le processus de libéralisation du régime de visas pour les Turcs qui souhaitent se rendre dans l'Union européenne.

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