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Ce qu'il faut savoir sur le TAFTA et pourquoi l'Europe doit craindre le pire

Avec le TAFTA ou TTIP, ces deux acronymes désignant le projet d’accord de libre-échange transatlantique entre l’Europe et les Etats-Unis, Washington est-elle en train d'injecter en Europe un virus commercial pour détruire son économie ?

Le TAFTA pourrait nuire à votre santé et à celle de l’environnement

Greenpeace est clair à ce sujet : le TAFTA porterait atteinte aux normes de protection de l’environnement de l’Union européenne.

Or, tant que les intérêts des multinationales américaines sont protégés et favorisés, le respect des normes sanitaires et environnementales européennes semble bien être le dernier soucis de Washington.

Mais pour Cecilia Malmström (commissaire au Commerce européen), pas de soucis à se faire ! «jamais», ô grand jamais ! un «accord commercial de l'UE n'abaissera pas le niveau de protection des consommateurs, de sécurité alimentaire ou de protection de l'environnement».

Vraiment ? Parce qu'avec le TTIP, le risque de voir arriver dans nos assiettes des poulets lavés au chlore ou des tomates OGM de la taille d’une citrouille (autant de produits dont raffolent les Etats-Unis pour accroître le profit de leurs entreprises au détriment de la santé de leur population) semble pourtant être des plus probables.

Mais pour les Etats-Unis, tout va bien: alors que pour Washington les  OGM sont bons pour la santé jusqu'à preuve du contraire, pour les Européens, la vision inverse prédomine.

Résultat, l'Europe fait la grimace face aux brocolis génétiquement modifiés, qu'elle considère bel et bien comme peu comestibles...

Les pleins pouvoirs aux entreprises américaines ?

Le texte du TAFTA prévoirait en plus l’adoption d’un tribunal d’arbitrage, l’Investor-State Dispute Settlement (ISDS).

Euh, mais de quoi s’agit-il ?

On apprend des révélation de Greenpeace que la création de tribunaux d’arbitrage internationaux privés, créant une sorte de justice parallèle permettant aux multinationales américaines d’attaquer un pays en cas d’entrave à leur activité.

Ainsi, les réglementations environnementales, sanitaires, ou encore sociales appliquées sur le continent européen pourraient faire l’objet de poursuites judiciaires si leur conditions sont estimées freiner l’activité des entreprises et industries américaines.

Et puis, les organisations internationales, telles que l'OMC, régulant les règles du commerce n'auront plus vraiment leur mot à dire. Tout se jouera dans ce fameux tribunal d'arbitrage...

Services publics, société civile et économie en danger ?

Au-delà du commerce et de l'agriculture, secteurs auxquels on se réfère généralement lorsque l'ombre du TAFTA est évoquée, il ne faut pas omettre les services publics. Le texte du traité prévoit pour les multinationales de pouvoir obtenir ce qu’elles veulent aux dépends du consommateur. La politique du TAFTA parait avant tout favoriser la libre concurrence dans le maximum de secteurs, en démembrant petit à petit tous les monopoles publics, comme la santé et l'éducation exemple.

Or, le brouillard flotte en effet toujours au-dessus de ce qu’il faut entendre par «services publics»... Faut-il craindre que l’éducation primaire, les services de santé ou de sécurité pourront tomber dans le domaine de la libre concurrence ? Peut-être que non, peut-être que oui...

Arrêt de mort de l'agriculture européenne ?

Alors que certains services européens pourraient bénéficier de l’ouverture des marchés américains et de la réduction des barrières réglementaires, les agriculteurs européens, quant à eux, pourraient durement souffrir de l’arrivée de la concurrence de l’agriculture industrielle américaine.

Ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué... 

Suite à la publication des 248 pages de documents dénonçant l’étendue des conséquences néfastes sur la santé et l’environnement, François Hollande a déclaré qu'«à ce stade des négociations, la France dit non !». 

Fin avril, le ministre allemand de l’Economie avait aussi déclaré que le TAFTA «échouerait» si les Etats-Unis ne font pas de concessions. 

Achetez américain n'est pas acceptable

... même quand le fusil est dans les mains de Washington ?

Ces dernières semaines ont été marquées par la franchise exceptionnelle de Barack Obama, démontrés entre autres lors de sa tournée européenne. 

Londres, Barack Obama a averti le Royaume-Uni que s'il optait pour le Brexit, il «se retrouvera tout au bout de la file d'attente» pour des échanges commerciaux.

En Allemagne, le président américain a rencontré Angela Merkel pour lui rappeler qu'un accord sur le TTIP doit être trouvé rapidement.

Parce que les accords de libre-échange des Etats-Unis avec d'autres parties du monde sont évidemment favorables au bien de tous ! Ainsi, sur le TTP conclu avec de nobreux pays de la zone Asie-Pacifique à l'exception notable de la Chine, Barack Obama avait déclaré :

L’Amérique doit écrire les règles. L’Amérique doit mener la danse. Les autres pays doivent jouer selon les règles fixées par l’Amérique et nos partenaires, et cela ne doit pas être l’inverse.

Avec cet Obama sans filtre qui menace à tout va, qu’en adviendra-t-il si l’Europe a l’audace de dire «non» à cet accord qu’il tente d’imposer par tous les moyens ?