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Brésil: le tribunal suprême suspend la nomination de Lula qui manifeste dans la rue (PHOTOS, VIDEOS)

L'ex-président Lula, tête d'affiche des manifestations de la gauche du vendredi 18 mars contre le «coup d'Etat» visant la présidente Dilma Rousseff, a été suspendu du gouvernement par un juge de la plus haute instance judiciaire du Brésil.

Le juge Gilmar Mendes a ordonné que l'enquête pour «corruption» contre l'ancien chef de l'Etat brésilien (2003-2010) soit menée par le juge Sergio Moro, qui soupçonne notamment Lula de blanchiment dans le cadre de son enquête sur les détournements de fonds survenus au sein du groupe pétrolier étatique Petrobras.

Cette décision devra être confirmée ou infirmée par la majorité des juges du Tribunal suprême fédéral (STF), la plus haute instance juridique du pays, à une date encore inconnue. D'ici là, elle empêche Lula d'exercer les fonctions de chef de cabinet (quasi-Premier ministre) de la présidente Dilma Rousseff, qui l'avait nommé à cette fonction le 16 mars. Cette décision met fin à la guérilla judiciaire que se livraient depuis cette nomination les juges et tribunaux de rang inférieur gelant ou validant à tour de rôle la prise de fonction de Lula.

Lula soupçonné de corruption et blanchiment

En entrant au gouvernement, Lula pensait pouvoir se soustraire à la menace d'un placement en détention ordonné par le juge Moro, les ministres ne pouvant répondre pénalement de leurs actes que devant le STF. Le 16 mars, après la nomination de Lula, le juge Moro avait pris la décision controversée de rendre publique l'écoute judiciaire d'une conversation téléphonique, dans laquelle la présidente informait Lula qu'elle allait lui faire parvenir rapidement son décret de nomination pour qu'il s'en serve «en cas de nécessité».

On ne savait pas, au soir du 18 mars, soir si la décision provisoire du juge du STF permettait ou non au juge Moro de poursuivre son enquête sur Lula avant qu'un jugement définitif ne soit rendu par la haute juridiction.

Une nomination «en cas de nécessité»

Quelque 267 000 sympathisants de gauche ont manifesté dans 55 villes du pays, selon la police, pour dénoncer le «coup d'Etat» qui se trame selon eux contre Dilma Rousseff le 18 mars. Il s'agissait de la contre-offensive des partisans de la présidente après que trois millions de Brésiliens ont défilé le 13 mars pour réclamer le départ du chef de l'Etat empêtrée dans des affaires de corruption.

L'opposition accuse la présidente d'avoir sciemment maquillé les comptes publics en 2014, l'année de sa réélection. L'ancienne ministre de l’énergie, le ministère de tutelle de Petrobras, et ancienne présidente du conseil d’administration du géant pétrolier, Dilma Roussef est accusé d'avoir sciemment occulté les pratiques de la société au cœur d’une tentaculaire affaire de corruption.

Si elle devait être mise en accusation, la présidente serait d'abord écartée de ses fonctions pendant 180 jours au maximum. Il faudrait ensuite que les deux tiers des sénateurs (54 sur 81) votent sa destitution.

Une commission spéciale de 65 députés pour étudier la destitution de la présidente

Au Parlement, à Brasilia, la Commission spéciale de 65 députés élue la veille pour étudier la demande de destitution de la présidente à entamé ses travaux à marche forcée. Le président du Congrès des députés Eduardo Cunha, farouche adversaire de Dilma Rousseff a dit vouloir boucler ces travaux le plus vite possible, en un mois environ.

Il a lancé, en décembre 2015, une procédure de destitution contre Dilma Rousseff, perçue comme un acte de vengeance personnelle au moment où les accusations de corruption, dont il fait également l'objet en étant poursuivi dans le cadre de l'affaire Pétrobras, portées contre lui devenaient gênantes.

Rare voix en Amérique latine, avec celle du président vénézuélien Nicolas Maduro, à exprimer un soutien fort à Dilma Rousseff, le président bolivien Evo Morales a estimé, le 18 mars, que la droite brésilienne voulait asséner un «coup parlementaire et un coup judiciaire» à la dirigeante.