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EXCLUSIF : Washington veut diviser la Syrie, assure le premier reporter occidental à avoir vu Daesh

Jurgen Todenhofer, premier journaliste occidental à avoir eu un accès privilégié à Daesh, a expliqué à RT que la trêve était respectée, exprimant toutefois son l’inquiétude quant aux positions des politiciens américains sur la division de la Syrie.

«Les Etats-Unis ont divisé l’Irak, ils ont divisé la Libye, et maintenant ils pourraient diviser la Syrie en quatre ou cinq parties. Les pays divisés sont faibles, et j’ai l’impression que certains politiciens américains apprécient les pays faibles au Moyen-Orient», estime-t-il. 

Jurgen Todenhofer, qui a fréquemment critiqué les interventions militaires de l’Occident, indique que c’est maintenant aux soutiens des rebelles au Moyen-Orient, et en particulier à Washington, d’arrêter de jeter de l’huile sur le feu.

«Il y a aujourd’hui une stratégie de la part des rebelles de séparer leurs brigades de celles des terroristes, ce qui donne une opportunité pour attaquer le Front al-Nosra et d'autres groupes d’Al-Qaïda sans toucher aux rebelles», a expliqué à RT le journaliste de 75 ans dans une interview sur Skype. Il a ajouté avoir eu accès à plusieurs sources depuis la conclusion de l’accord entre Moscou et Washington.

«Chaque jour où la trêve se maintient représente un grand jour pour la population. Les gens sont heureux, et je suis plutôt optimiste étant donné qu’il y a aujourd’hui des contacts entre les rebelles et le gouvernement», a-t-il expliqué.

Ayant été député de centre-droite au Bundestag pendant 28 ans avant de devenir journaliste et expert, Todenhofer espère que le cessez-le-feu constitue un premier pas dans la formation d’une nouvelle coalition à l’intérieur de la Syrie, visant à repousser l’Etat islamique.

«Si les rebelles commençaient à lutter de concert avec l’armée du gouvernement officiel contre Daesh, alors on aurait une chance de défaire Daesh et d’avoir la paix en Syrie. C’est un rêve mais un rêve réaliste», a noté le journaliste, pour qui c’est la discorde entre le président syrien Bachar el-Assad et l’opposition qui a en premier lieu déclenché cette guerre qui dure depuis cinq ans.

Après avoir témoigné des opérations de Daesh lors d’une mission de 10 jours à Raqqa, la capitale non officielle du groupe terroriste au nord de la Syrie, Todenhofer a trouvé l’entité suffisamment bien organisée pour exister indéfiniment si elle n’était pas attaquée. Il a aussi indiqué que de nouvelles attaques en Europe, comme celles de Paris, sont imminentes mais qu’il existe peu de moyens pour les prévenir.

«Pour Daesh, il est facile d’utiliser les forces dont l'organisation dispose dans les pays de l’Union européenne, aux Etats-Unis ou en Russie. Ils ont beaucoup de partisans dans ces pays. Ils n’ont pas besoin de prendre de risques pour traverser la frontière, ils le peuvent mais n’en ont pas besoin. Ils se coordonnent – il n’est pas difficile de perpétrer un attentat suicide. C’est facile et ça ne coûte pas grand chose», a-t-il expliqué. 

Selon le journaliste, l’Europe a échoué jusqu’au maintenant à gagner le combat des idées contre Daesh et parmi la jeunesse désenchantée en particulier.

«Nous devons montrer que cette idéologie est mauvaise, qu’elle est anti-islam. Nous devons montrer que c’est une fausse route, qu’elle ne résout aucun problème. Les sympathisants de Daesh ne doivent pas être montrés, même du point de vue islamique, comme des serviteurs de l’islam, mais comme ceux qui le combattent. Ils sont un danger pour l’islam et la plupart des gens qu’ils tuent – au Moyen-Orient du moins – sont d’autres musulmans», a conclu Jurgen Todenhofer.