L'Arabie saoudite se retrouve confrontée à une équation militaire délicate au Yémen, alors que les Houthis multiplient les attaques contre le royaume et ont réalisé ces derniers jours d'importantes avancées sur le littoral de la mer Rouge. Le 17 septembre, Riyad cherche à contenir cette offensive sans replonger dans une intervention terrestre comparable à celle lancée en 2015.
La situation s’est brutalement détériorée avec la progression des Houthis vers Bab el-Mandeb, passage stratégique reliant la mer Rouge au golfe d’Aden. Le mouvement soutenu par l’Iran s’est emparé de plusieurs positions et îles, tandis que les forces yéménites soutenues par Riyad ont reculé. Selon Reuters, les Houthis avaient discrètement mobilisé environ 100 000 combattants, une préparation qui aurait échappé aux renseignements saoudiens et à leurs alliés.
Riyad sans option militaire
Pour Riyad, le problème est également énergétique. Des attaques de drones attribuées à des milices pro-iraniennes en Irak ont provoqué l’arrêt de l’oléoduc Est-Ouest, qui permet d’acheminer le pétrole des champs de l’est du royaume jusqu’au port de Yanbu en contournant le détroit d’Ormuz. Dans le même temps, les missiles et drones houthis frappent de nouveau le territoire saoudien.
Or, les soutiens extérieurs restent limités. Les États-Unis ne souhaitent pas participer directement à une nouvelle offensive au Yémen, tandis que plusieurs puissances occidentales excluent également un engagement militaire direct. Riyad a sollicité plusieurs partenaires pour renforcer sa défense aérienne, notamment l’Égypte, la France, le Royaume-Uni et le Pakistan.
Une intervention massive comporterait cependant le risque d'intensifier encore les frappes houthies contre les infrastructures énergétiques saoudiennes. À l’inverse, accepter durablement leurs gains renforcerait leur position au Yémen et autour de Bab el-Mandeb, par lequel transite une partie importante du commerce maritime mondial.
Onze ans après le début de son intervention au Yémen, Riyad retrouve ainsi un dilemme familier : relancer une guerre coûteuse dont elle avait cherché à sortir depuis la trêve de 2022, ou privilégier une négociation avec un mouvement houthi aujourd’hui militairement plus puissant.