Des manifestations ont éclaté depuis le 13 septembre dans plusieurs régions de Syrie, après l’entrée en vigueur d’une forte hausse des prix des carburants. Des rassemblements et blocages de routes ont été signalés à Alep, Idlib, Hama, Hassaké, Raqqa et Deir ez-Zor, avec des pneus incendiés et, dans l’Est, des manifestants empêchant le passage de camions transportant du pétrole brut.
À l’origine de cette colère, une augmentation brutale décidée par le ministère de l’Énergie. Le litre de diesel est passé de 125 à 175 livres syriennes, soit une hausse de +40 %, tandis que l’essence à indice 95 a augmenté de 152 à 195 livres, soit environ +28 %. Le gaz domestique est également concerné.
Un coût de la vie de plus en plus cher
Le gouvernement justifie ces mesures par la hausse du coût des importations de produits pétroliers et par l’arrêt temporaire de la raffinerie de Baniyas, actuellement en maintenance. Le problème est structurel : la Syrie ne produit qu’environ 102 000 barils de pétrole par jour, alors que ses besoins atteignent près de 325 000 barils, obligeant le pays à combler une large partie de son déficit par des importations. Les autorités espèrent porter la capacité de Baniyas de 80 000 à 130 000 barils par jour après les travaux.
Mais pour une population éprouvée par quatorze années de guerre, la hausse dépasse largement le seul prix du plein. Le carburant détermine directement le coût des transports, de l’agriculture, de l’électricité produite par générateurs et, par ricochet, celui des produits alimentaires. À Damas, certains minibus ont déjà relevé leurs tarifs de 35 à 70 %, selon Enab Baladi.
Cette contestation constitue ainsi l’un des premiers grands tests socio-économiques pour le pouvoir d’Ahmed al-Chareh. Jusqu’ici confrontées surtout aux défis sécuritaires, institutionnels et territoriaux de l’après-Assad, les nouvelles autorités doivent désormais répondre à une colère qui touche directement au pouvoir d’achat. Le défi sera de poursuivre la remise en état d’une économie exsangue sans faire supporter son coût à une population dont les revenus restent extrêmement faibles.