Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, le bilan de la « guerre contre le terrorisme » lancée par Washington est accablant. L’Afghanistan fut envahi dès octobre 2001, puis l’Irak en 2003 sur la base d’armes de destruction massive qui ne furent jamais trouvées. Deux décennies d’occupation, de bombardements, de guerres par procuration et d’opérations spéciales ont ensuite étendu le conflit à la Syrie, au Yémen, à la Somalie et au-delà.
Le coût humain est immense. Selon le projet Costs of War de l’université Brown, les guerres post-11-Septembre ont causé environ 940 000 morts directs, dont plus de 430 000 civils. En incluant les décès indirects liés à la destruction des systèmes de santé, aux déplacements, à la faim et aux maladies, le bilan pourrait atteindre 4,5 à 4,7 millions de morts. En Irak seulement, entre 275 000 et 306 000 personnes ont été tuées directement entre 2003 et 2021, dont près de 186 000 à 209 000 civils. En Afghanistan, environ 176 000 morts directs sont recensés sur la même période.
Un fiasco stratégique, humain et financier
Le fiasco est aussi stratégique. Les talibans sont revenus au pouvoir à Kaboul en 2021, vingt ans après avoir été chassés. L’invasion de l’Irak a détruit l’État, alimenté les fractures confessionnelles et créé un terrain favorable à l’émergence de l’organisation État islamique. Dans toute la région, la militarisation américaine a renforcé l’instabilité qu’elle prétendait combattre.
Washington a dépensé plus de 8 000 milliards de dollars dans ces guerres, tout en déplaçant au moins 38 millions de personnes. Vingt-cinq ans après le 11-Septembre, la « guerre contre le terrorisme » apparaît moins comme une victoire que comme une succession d’interventions coûteuses, destructrices et souvent contre-productives. Le Moyen-Orient en porte encore les cicatrices, tandis que les États-Unis continuent de privilégier la force militaire comme instrument central de leur politique régionale.