Le Qatar remet en question l’idée selon laquelle la présence militaire américaine suffirait à garantir la sécurité des monarchies du Golfe. À Abou Dhabi, le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, a estimé lundi qu’une alliance stratégique avec Washington restait essentielle, mais qu’elle ne pouvait plus constituer à elle seule un bouclier.
« La présence de forces internationales dans la région, ainsi qu’une alliance stratégique avec les États-Unis, est certes très importante, mais ne suffit pas », a-t-il déclaré lors du Forum Hili. Un message particulièrement significatif alors que Doha accueille Al-Udeid, la plus grande base militaire américaine du monde arabe et l’un des principaux centres de commandement des États-Unis dans la région.
Repenser la défense du Golfe
Malgré cette présence, le Qatar a été directement touché par les représailles iraniennes liées à la guerre opposant les États-Unis et Israël à Téhéran. Pour Majed al-Ansari, les pays du Golfe doivent donc davantage compter sur leurs propres capacités. « L’autosuffisance en matière de sécurité est la seule voie à suivre », a-t-il insisté, tout en soulignant la nécessité de conserver les alliances occidentales.
Doha ne plaide pas pour autant pour une rupture avec Washington, ni pour une confrontation durable avec l’Iran. Le responsable qatari estime qu’un rétablissement de la confiance avec Téhéran sera long, mais inévitable entre voisins. Il appelle l’Iran à renoncer aux pressions militaires, tout en affirmant que les pays du Golfe doivent maintenir une capacité de dissuasion crédible.
Le Qatar prend également ses distances avec la stratégie américaine d’intensification des sanctions contre l’Iran. Selon Majed al-Ansari, les précédents irakien et libyen montrent que l’asphyxie économique produit rarement les résultats politiques recherchés. Pour Doha, la sortie de crise doit passer par la négociation.
Le message est donc double : préserver l’alliance américaine, mais ne plus en dépendre totalement. Une évolution révélatrice des doutes croissants des monarchies du Golfe sur la capacité de Washington à garantir seul leur sécurité.