Friedrich Merz a reconnu ce 7 septembre l’ampleur du revers subi par son parti en Saxe-Anhalt. Le chancelier allemand s’est dit « profondément choqué » par la victoire de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) et a admis porter une part de responsabilité dans la défaite de l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Il écarte toutefois toute idée de départ.
« Abandonner n’est pas une option », a-t-il déclaré.
La veille, l’AfD avait largement remporté les élections régionales dans ce Land de l’est du pays, avec 43,8 % des voix, contre 17,2 % pour la CDU. L’AfD a ainsi plus que doublé son score de 2021, tandis que les conservateurs enregistrent leur plus mauvais résultat dans la région. La participation a atteint 77,8 %, un record en Saxe-Anhalt depuis la réunification.
Malgré cette débâcle, Merz entend maintenir le cap de ses réformes. « Ma détermination est de poursuivre le cap des réformes, sans rupture », a-t-il assuré, tout en reconnaissant qu’il fallait « mieux les expliquer ». Le chancelier a également admis que « la réalité quotidienne de nombreux Allemands est difficile » et qu’une partie de la population craint que le pays « évolue dans la mauvaise direction ».
L’AfD revendique un mandat pour gouverner
Avec 39 sièges sur 83 au Parlement régional, l’AfD échoue à trois sièges de la majorité absolue nécessaire pour gouverner seule. Les principales formations politiques continuent de refuser toute coalition avec le parti d’Ulrich Siegmund.
L’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), qui dispose de cinq élus, pourrait toutefois devenir décisive lors de l’élection du futur ministre-président. Malgré leurs divergences sur plusieurs questions économiques et sociales, les deux formations partagent certaines positions sur l’immigration et critiquent la politique menée envers la Russie ainsi que le soutien occidental à l’Ukraine.
Même au sein de la CDU, le poids du résultat est reconnu. Sven Schulze, dirigeant conservateur battu dans la région, a admis que l’AfD disposait d’un « mandat pour gouverner ». Ulrich Siegmund affirme de son côté que son parti a « écrit l’histoire » et réclame un changement de politique.
Un signal direct à Berlin
Pour le gouvernement fédéral, la défaite dépasse largement le cadre régional. Le coprésident de l’AfD, Tino Chrupalla, estime que les électeurs ont envoyé « un message à Berlin ». Le vice-chancelier Lars Klingbeil, membre du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), a lui aussi reconnu que le scrutin constituait un signal adressé au pouvoir fédéral et que la manière de conduire les réformes devait être réexaminée.
Le mécontentement porte notamment sur l’immigration, la situation économique et les choix de politique étrangère. L’AfD a fait campagne contre le soutien militaire allemand à l’Ukraine et les sanctions visant la Russie.
Les difficultés économiques pèsent également sur la région. La hausse des coûts de l’énergie, après la rupture avec les importations de gaz russe bon marché, touche notamment l’importante industrie chimique de Saxe-Anhalt. Vladislav Belov, spécialiste de l’Allemagne à l’Académie des sciences de Russie, estime que les difficultés économiques, les inquiétudes liées à l’immigration et le durcissement de la politique de Berlin envers Moscou ont contribué à renforcer l’AfD.
La pression sur Friedrich Merz pourrait rapidement se poursuivre. Deux nouvelles élections régionales sont prévues le 20 septembre, à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Dans ce dernier Land, l’AfD est donnée en tête des sondages.