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Boudée par Londres et New York, Shein rate son entrée en Bourse à Hong Kong

L’entrée en Bourse de Shein à Hong Kong s’est soldée par une valorisation de 27 milliards de dollars, 70% sous son pic de 2022. Entre controverses sur les conditions de travail, substances dangereuses et pression réglementaire, le géant de l’ultra-fast fashion voit son modèle économique de plus en plus contesté.

L’entrée en Bourse de Shein devait consacrer le succès spectaculaire du géant de l’ultra-fast fashion. Elle a finalement révélé les limites d’un modèle économique de plus en plus contesté. Cotée à Hong Kong depuis le 1er septembre, l’entreprise a été valorisée à environ 27 milliards de dollars, soit près de 70 % de moins que son sommet de 2022, lorsqu’elle approchait les 100 milliards de dollars sur le marché privé.

Après avoir échoué à obtenir une cotation à Londres et à New York, notamment en raison des inquiétudes sur sa chaîne d’approvisionnement et son impact environnemental, Shein s’est tournée vers Hong Kong. Pour les spécialistes, cette décote traduit aussi une prise en compte croissante des risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) par les investisseurs.

Une chaîne d’approvisionnement sous pression

Depuis plusieurs années, Shein est au cœur de controverses concernant les conditions de production de ses vêtements. Une enquête de Greenpeace menée en 2025 a notamment révélé que 18 des 56 vêtements testés dépassaient les seuils européens concernant certaines substances chimiques, dont des phtalates et des PFAS.

L’entreprise a également reconnu avoir identifié deux cas de travail des enfants dans sa chaîne d’approvisionnement en 2023. Malgré les mesures annoncées, les critiques persistent. Une enquête de la BBC publiée en 2025 faisait état d’ouvriers travaillant jusqu’à 75 heures par semaine dans certains ateliers chinois, avec parfois un seul jour de repos par mois.

Pour Ildiko Almasi Simsic, spécialiste de la durabilité, ces controverses constituent désormais un risque financier autant qu’éthique. Selon elle, le recours à des milliers de sous-traitants et la difficulté à contrôler l’ensemble de la chaîne de production rendent le modèle particulièrement vulnérable.

Des milliers de nouveautés chaque jour

La force de Shein repose précisément sur ce système. Entre juillet et décembre 2021, la plateforme aurait ajouté chaque jour entre 2 000 et 10 000 nouvelles références. L’entreprise produit d’abord de petites séries, analyse les ventes et ne relance que les modèles rencontrant le succès.

Cette stratégie permet de limiter les invendus et de proposer des vêtements à des prix extrêmement bas. Mais elle repose sur une production massive et accélérée, difficilement compatible avec les exigences environnementales et sociales.

« Les coûts ultra bas et la durabilité sont des concepts fondamentalement incompatibles », estime Simsic, selon qui les prix affichés ne reflètent pas les coûts réels liés au travail et à l’environnement.

Shein affirme pourtant vouloir rendre son activité plus responsable. Mais selon son projet d’introduction en Bourse, seulement 10 % des fonds attendus devaient être consacrés à la durabilité et à la responsabilité sociale.

La réglementation se durcit

Le modèle de l’ultra-fast fashion fait désormais face à une pression croissante des pouvoirs publics. La France a récemment adopté une loi visant les entreprises commercialisant de grandes quantités de vêtements à bas prix. Une taxe progressive doit notamment frapper les produits relevant de l’ultra-fast fashion, avec un montant pouvant atteindre 19,50 euros par article d’ici 2030.

Pékin a dénoncé une mesure « clairement discriminatoire » et menacé de statuer pour défendre les intérêts des entreprises chinoises. Pour les spécialistes, le secteur peut survivre à ce durcissement, mais difficilement en conservant son modèle actuel. L’ultra-fast fashion pourrait être contrainte d’intégrer progressivement dans ses prix les coûts jusqu’ici externalisés : traçabilité, conditions de travail, matériaux moins nocifs et réduction de l’impact environnemental.

L’entrée en Bourse de Shein apparaît ainsi moins comme l’aboutissement triomphal de son expansion que comme le révélateur d’un changement d’époque : celui où les risques sociaux et environnementaux deviennent directement des risques économiques.