Cent deux anciens diplomates français et britanniques ont appelé leurs gouvernements à agir conjointement face à la politique menée par Israël dans les territoires palestiniens. Parmi les signataires figurent plusieurs anciens ambassadeurs et hauts responsables des ministères des Affaires étrangères. Ils demandent à Paris et Londres d’appliquer le droit international de manière cohérente et de préserver la perspective d’un État palestinien viable.
Les auteurs de la lettre rappellent la responsabilité particulière des deux pays, liée à leur rôle historique au Moyen-Orient, à leur statut de membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et à leur reconnaissance de l’État palestinien en 2025.
Leur appel intervient après la publication de nouveaux appels d’offres israéliens pour la construction de logements dans les colonies de Cisjordanie occupée. La France, le Royaume-Uni et plusieurs autres pays ont condamné cette décision. Le projet E1 prévoit environ 1 200 habitations à l’est de Jérusalem et constitue, selon les signataires, une menace directe pour la continuité territoriale d’un futur État palestinien.
Les anciens diplomates accusent ainsi le gouvernement israélien de vouloir « détruire toute perspective d’un État palestinien indépendant ». Ils lui reprochent également son « mépris » pour le droit international, les décisions de la Cour internationale de justice et les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.
Des restrictions économiques et militaires réclamées
Face à ce qu’ils considèrent comme l’insuffisance des condamnations occidentales, les signataires réclament des mesures concrètes. Ils demandent la suspension des transferts d’armes et de la coopération militaire avec Israël, ainsi que celle de certains accords commerciaux en raison de violations présumées de leurs clauses relatives aux droits humains.
Ils souhaitent également interdire tout commerce avec les colonies israéliennes, notamment les marchandises, les investissements, les assurances et les services financiers. Les entreprises susceptibles de participer au financement ou à la construction du projet E1 devraient, selon eux, être averties des conséquences que cela pourrait avoir pour leurs activités en France et au Royaume-Uni.
Concernant Gaza, les diplomates réclament un accès humanitaire sans restriction, sous la conduite notamment de l’UNRWA, des autres agences de l’ONU et des organisations internationales. Ils demandent également que les journalistes, diplomates et parlementaires puissent accéder au territoire.
Le « deux poids, deux mesures » occidental dénoncé
La lettre élargit ses accusations à la situation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Les signataires qualifient les démolitions de maisons palestiniennes et les violences de colons de « nettoyage ethnique » et affirment que « la Palestine est effacée sous nos yeux ».
Ils condamnent parallèlement les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, tout en estimant qu’elles ne peuvent justifier la politique menée depuis par Israël à Gaza. Ils critiquent également la direction palestinienne, jugée peu représentative, et appellent à un renouvellement démocratique ainsi qu’à une réunification politique, administrative et économique de Gaza et de la Cisjordanie.
Pour les anciens diplomates, le maintien d’une politique essentiellement déclarative de la part des capitales occidentales contribue à prolonger la crise et fragilise la crédibilité des institutions internationales. Ils estiment que Paris et Londres ne pourront répondre aux accusations de « deux poids, deux mesures » qu’en appliquant au dossier palestinien les mêmes principes de responsabilité et de respect du droit international qu’ils invoquent dans les autres crises internationales.