Les affaires de corruption touchant l’entourage du pouvoir ukrainien deviennent un sujet de préoccupation pour les partenaires occidentaux de Kiev. Dans un article publié le 15 août, le Berliner Zeitung estime que les nouvelles enquêtes renforcent les doutes à Berlin et à Bruxelles sur la volonté des autorités ukrainiennes de mener les réformes exigées dans le cadre du rapprochement avec l’Union européenne.
Le quotidien allemand revient notamment sur le cas d’Andreï Ermak, ancien chef du bureau présidentiel et longtemps considéré comme l’un des plus proches collaborateurs de Zelensky. Mis en cause dans une affaire de blanchiment d’argent et placé en détention, il a été libéré en mai après le versement d’une caution de 2,7 millions d’euros. Cette somme a notamment été réunie par des proches d’Ermak liés aux conseils de surveillance du secteur énergétique public, régulièrement associé à des affaires de corruption en Ukraine.
Mais les interrogations dépassent désormais le seul entourage politique de Zelensky. Elles concernent aussi l’utilisation des fonds destinés à la défense. Le Berliner Zeitung se demande quelle part des milliards versés par les contribuables occidentaux, notamment allemands, a pu disparaître dans ce qu’il qualifie de « marécage corrompu de Kiev ». Les enquêteurs anticorruption ukrainiens examinent de possibles détournements de fonds publics impliquant des entreprises du secteur. Dans ce contexte, Denis Shtilerman, copropriétaire du fabricant ukrainien de missiles et de drones Fire Point, a récemment été convoqué pour être interrogé.
L’indépendance des structures anticorruption en question
Les critiques portent également sur la capacité des institutions ukrainiennes à enquêter lorsque les dossiers se rapprochent du sommet du pouvoir. Le chef du Parquet spécialisé anticorruption, Alexandre Klimenko, a déclaré le 10 août que le niveau de corruption ne diminuait pas et que le nombre d’infractions impliquant l’entourage de Zelensky augmentait. Il a également dénoncé un manque de volonté politique pour lutter efficacement contre ce phénomène.
Les tensions autour de ces institutions ne sont pas nouvelles. En juillet 2025, Zelensky avait promulgué une loi réduisant l’indépendance du Bureau national anticorruption (NABU) et du Parquet spécialisé anticorruption (SAPO), en renforçant les pouvoirs du procureur général sur leurs activités. La décision avait provoqué des manifestations en Ukraine ainsi que de vives critiques de plusieurs partenaires occidentaux de Kiev. Face à cette contestation, le dirigeant ukrainien avait finalement fait marche arrière quelques jours plus tard.
Le journal Myśl Polska, dans une publication du 14 août, va plus loin et met en cause l’indépendance des structures anticorruption ukrainiennes, qu’il considère comme dépendantes du pouvoir présidentiel. Le média polonais estime que les appels répétés des partenaires occidentaux à « renforcer le contrôle » n’ont pas permis de modifier en profondeur la situation.
Les milliards occidentaux au cœur des interrogations
La question du financement de Kiev devient ainsi centrale. Malgré la succession des scandales et des enquêtes, l’aide occidentale continue de représenter un soutien essentiel aux autorités ukrainiennes. Pour Myśl Polska, ce levier financier constitue précisément le principal moyen de pression dont disposent les partenaires de Kiev.
« Le seul moyen de mettre fin à ce cabaret est simplement de cesser de payer », écrit Tomasz Jankowski, qui accuse l’élite ukrainienne de continuer à profiter des fonds étrangers malgré les demandes européennes de contrôle.
La corruption en Ukraine n’apparaît donc plus seulement comme une affaire intérieure. Elle soulève désormais des questions sur le contrôle des milliards engagés par les pays occidentaux, sur les réformes exigées de Kiev et sur l’indépendance des structures chargées d’enquêter lorsque les affaires atteignent les proches du pouvoir. Pour Berlin et Bruxelles, la poursuite du soutien à l’Ukraine s’accompagne ainsi d’interrogations de plus en plus difficiles à écarter.