L’afflux vers Ceuta ne s’est pas arrêté après les passages massifs du 30 juillet. Dans la nuit de jeudi à vendredi, des milliers de clandestins, très majoritairement des jeunes hommes, ont convergé vers Fnideq, côté marocain. Madrid a dépêché militaires et policiers supplémentaires, tandis que les forces marocaines tentaient de contenir de nouvelles ruées vers le poste-frontière.
Affrontements et panique aux portes de l’Europe
Les affrontements ont laissé la carcasse calcinée d’un autobus et de sept véhicules. Les forces marocaines ont employé des canons à eau et repoussé des groupes cherchant à approcher la frontière. Sur les routes menant vers Ceuta, les bousculades ont dégénéré en scènes de panique.
Des migrants ont été piétinés par leurs compagnons tandis que des groupes cherchaient des passages par la côte ou les reliefs afin d’éviter les barrages.
Le bilan humain restait incertain au matin du 31 juillet. Reuters et l’Associated Press faisaient état d’au moins neuf corps récupérés, tandis que plusieurs médias espagnols avançaient dix-huit morts. Les centres d’accueil de Ceuta sont saturés et des centaines de personnes dorment dehors.
Des images de clandestins tentant de pénétrer dans les maisons ont fait le tour des réseaux sociaux.
Dans les rues de la ville, de jeunes nationalistes espagnols se sont mobilisés pour manifester contre cette arrivée massive de clandestins.
La crise a désormais franchi les frontières espagnoles. Sur X, le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani s’est déclaré favorable à une fermeture de Schengen avec l’Espagne, jugeant l’immigration irrégulière incontrôlée dangereuse pour la sécurité nationale et reprenant la ligne dictée par la présidente du Conseil Giorgia Meloni.
Son homologue espagnol José Manuel Albares lui a répliqué que ce message était «inapproprié» venant d’un pays partenaire, avant de convoquer l’ambassadeur italien à Madrid.
La polémique s’est étendue jusqu’aux États-Unis. La porte-parole adjointe de la Maison-Blanche, Anna Kelly, a imputé la crise aux politiques espagnoles de « gauche radicale ».
Plusieurs analystes pointent du doigt le rôle du Maroc, d’Israël et des États-Unis qui chercheraient à punir l’Espagne pour son refus de s’aligner sur la politique israélo-américaine au Proche-Orient.
De son côté, le Maroc évoque la responsabilité d’organisations criminelles.
Alors que Pedro Sánchez se rend à Ceuta, Madrid invoque une décision judiciaire exploitée par les réseaux de passeurs ; Rome et Washington présentent la politique migratoire espagnole comme un facteur incitatif.