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Sénégal : la fracture au sommet du pouvoir

Ousmane Sonko a vivement critiqué Bassirou Diomaye Faye et menacé de faire tomber son gouvernement grâce à la majorité parlementaire du Pastef. L’ancien Premier ministre accuse le président de s’éloigner du projet souverainiste porté par leur mouvement et de préparer sa propre trajectoire politique.

La fragile entente entre le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son ancien allié Ousmane Sonko semble définitivement rompue. Dans la soirée du 12 juillet, à Touba, lors de l’inauguration du siège du Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), le président de l’Assemblée nationale a lancé une offensive virulente contre le chef de l’État, accusant son gouvernement de s’éloigner du projet souverainiste porté par leur mouvement.

Alors qu’il s’était engagé à ne pas entraver l’action de l’exécutif, Ousmane Sonko a changé de ton et menacé de recourir aux moyens parlementaires dont il dispose pour faire tomber le gouvernement. « Nous allons lui faire face. Nous avons l’Assemblée nationale, donc nous avons des leviers pour lui faire face », a-t-il déclaré devant ses partisans.

Rien ne va plus entre les deux anciens alliés

Le chef du Pastef reproche notamment à Bassirou Diomaye Faye et au Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô de renoncer à certaines promesses de renégociation de contrats stratégiques, notamment dans le secteur des ressources naturelles. Selon lui, le pouvoir actuel serait également responsable d’une gestion insuffisante des difficultés économiques du pays.

« Il faut que les Sénégalais sachent qu’ils ne sont nullement la préoccupation de Diomaye Faye », a affirmé Ousmane Sonko, critiquant la création d’un nouveau parti par le président alors que le pays traverse, selon lui, une période économique difficile. « Quel président peut se permettre d’avoir le temps de convoquer, du matin au soir, au Palais de la République, des gens pour former un nouveau parti politique au moment où la dette est quasi impayable ? », a-t-il lancé.

Ces accusations interviennent après plusieurs mois de tensions entre les deux hommes. Ancien Premier ministre, Ousmane Sonko avait été écarté du gouvernement le 22 mai avant de rebondir rapidement en prenant la tête de l’Assemblée nationale le 26 mai, une institution largement dominée par son parti. Il accuse désormais Bassirou Diomaye Faye de chercher à affaiblir le Pastef et de préparer une nouvelle orientation politique en vue de l’élection présidentielle de 2029.

L’ancien Premier ministre a également accusé le chef de l’État d’exercer des pressions sur certains responsables publics. « Depuis quelques jours, les directeurs généraux défilent au Palais pour se faire menacer », a-t-il affirmé, avant d’ajouter : « S’il le veut, qu’il limoge tous les DG de Pastef au prochain Conseil des ministres, même les PCA. »

La réponse de l’exécutif ne s’est pas fait attendre. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a dénoncé une tentative d’appropriation du patriotisme par un seul camp. « Chercher à faire du patriotisme le monopole d'un seul camp revient, précisément, à le trahir », a-t-il écrit sur Facebook.