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Liban–Israël : les «zones pilotes» au cœur des négociations de Rome

Le Liban et Israël se préparent à de nouvelles négociations à Rome sous médiation américaine. Beyrouth souhaite faire de Bint Jbeil une première zone pilote, tandis que le Qatar et la Turquie multiplient les initiatives diplomatiques. Les autorités libanaises craignent toutefois qu'une reprise des tensions régionales ne fasse échouer ce processus.

À deux jours d'un nouveau cycle de négociations entre le Liban et Israël prévu à Rome les 15 et 16 juillet, les tensions restent vives sur le terrain. L'armée israélienne a poursuivi ses frappes aériennes et ses opérations de destruction dans les villages frontaliers du Sud-Liban, une stratégie perçue à Beyrouth comme une tentative d'accentuer la pression avant les discussions. Parallèlement, une délégation militaire américaine est arrivée dans la capitale libanaise le 12 juillet pour coordonner la mise en œuvre du futur mécanisme de sécurité, après plusieurs jours de consultations avec les autorités israéliennes.

Les responsables américains disposent désormais des versions des deux parties. Après avoir entendu les griefs israéliens, ils ont reçu de l'armée libanaise un dossier recensant les violations, les obstacles au déploiement de la troupe et les réalités du terrain. Les discussions de Rome doivent permettre de définir les modalités d'application de « zones pilotes », où l'armée libanaise prendrait progressivement le contrôle après un retrait israélien.

Beyrouth défend en priorité la région de Bint Jbeil comme première zone pilote. Les autorités estiment que cette ville, située au sud du Litani, possède une forte valeur symbolique et permettrait le retour rapide des habitants tout en évitant la création d'une zone tampon vide de population. Le plan prévoit le déploiement de l'armée libanaise, la fin de toute présence armée du Hezbollah dans cette zone, ainsi que la reconstruction des infrastructures et l'installation de logements préfabriqués pour les déplacés. Israël privilégie toutefois d'autres localités plus au nord, comme Froun, Ghandouriyé ou Zaoutar, une divergence qui reste au cœur des négociations.

Les médiations s’intensifient

En parallèle, le Qatar poursuit une intense médiation avec les États-Unis, l'Iran et le Hezbollah afin de favoriser la mise en œuvre de cet accord. Malgré le report de la visite à Beyrouth du ministre d'État qatari aux Affaires étrangères à la suite du décès de l'ancien émir Hamad ben Khalifa Al-Thani, Doha maintient ses contacts avec les différentes parties. L'émirat cherche notamment à obtenir un calendrier de retrait israélien, un allègement des pressions sur Beyrouth et un renforcement de son soutien financier et militaire au Liban, notamment à travers une aide à l'armée et au relogement des populations déplacées.

La Turquie s'est également dite prête à renforcer son soutien politique et militaire au Liban. Le Premier ministre Nawaf Salam a évoqué ces questions avec le président Recep Tayyip Erdogan lors d'un entretien à Istanbul le 10 juillet.

Pour Beyrouth, l'avenir du processus dépendra largement de l'évolution des tensions entre Washington et Téhéran. Les autorités libanaises redoutent qu'une nouvelle escalade régionale ne compromette les négociations et ne donne au gouvernement de Benjamin Netanyahou un prétexte pour prolonger les opérations militaires au Sud-Liban, retardant encore toute perspective de stabilisation.