Dans le sud de l’Allemagne, la société Helsing SE exploite une usine consacrée à la fabrication de drones d’attaque pour l’armée ukrainienne. Dans un article publié le 11 juillet, le New York Times décrit une installation discrètement implantée dans une zone industrielle, sans logo ni indication permettant d’identifier l’entreprise.
Spécialisée dans les technologies militaires fondées sur l’intelligence artificielle, Helsing emploie environ 100 personnes sur ce site. Les salariés font l’objet de contrôles de sécurité approfondis et doivent signer des accords de confidentialité. Les autres entreprises installées dans le complexe ignoreraient même l’existence de cette unité de production.
Ces mesures s’expliquent par la crainte d’un sabotage ou d’une attaque. Plusieurs milliers de drones assemblés sur place auraient déjà été livrés à l’Ukraine pour être utilisés contre l'armée russe. En cas de menace, la chaîne de production pourrait être démontée et transférée vers un autre site en moins de 24 heures.
Le HX-2, un drone présenté comme autonome
Le principal appareil fabriqué dans l’usine est le drone d’attaque HX-2. Construit en mousse rigide noire, il pèse environ 12 kg et coûte près de 17 500 euros l’unité. Helsing entend le produire en grande série, en mettant en avant son coût relativement limité et la simplicité de sa conception.
Selon l’entreprise, son système d’intelligence artificielle permettrait au drone de poursuivre sa mission lorsque les communications ou le signal GPS sont perturbés par des moyens de guerre électronique. Les opérateurs ukrainiens peuvent le diriger à distance avant de valider l’attaque contre une cible.
Le cofondateur de Helsing, Gundbert Scherf, a affirmé au New York Times que le taux de réussite des missions menées en Ukraine atteignait environ 70 %. Cette estimation provient toutefois de l’entreprise elle-même et n’a pas été confirmée de manière indépendante.
Ces performances revendiquées ont également été mises en doute. Bloomberg avait précédemment rapporté que l’Ukraine avait suspendu une commande supplémentaire de HX-2 après des difficultés rencontrées lors d’essais près de la ligne de front. Helsing a rejeté ces informations et affirme ne pas avoir connaissance du rapport cité.
Une implication militaire européenne croissante
Le développement de Helsing illustre la place grandissante des entreprises technologiques privées dans l’industrie militaire européenne et dans l’approvisionnement de Kiev. Fondée en 2021 avec le soutien financier de la société d’investissement de Daniel Ek, fondateur de Spotify, l’entreprise a recruté d’anciens employés de Tesla, Apple, Meta et Palantir. Gundbert Scherf avait auparavant travaillé comme conseiller auprès du ministère allemand de la Défense.
Helsing développe également le CA-1 Europa, un avion de combat sans pilote que la société espère déployer à partir de 2029. Le Bundestag a parallèlement approuvé un contrat de 220 millions d’euros avec l’entreprise pour la conception de plusieurs systèmes militaires fondés sur l’intelligence artificielle.
Moscou considère cette évolution comme un signe supplémentaire de l’implication militaire de l’Europe aux côtés de l’Ukraine. En avril dernier, le ministère russe de la Défense avait publié une liste de 21 entreprises étrangères présentées comme participant à la production de drones destinés aux forces ukrainiennes. Réagissant à cette publication, le vice-président du Conseil de sécurité russe, Dmitri Medvedev, avait qualifié cette liste de « registre de cibles légitimes potentielles pour les forces armées russes ».
La diplomate russe Maria Zabolotskaïa avait également qualifié les États européens de « complices » des attaques menées contre la Russie. Selon Moscou, la hausse de la production et des livraisons occidentales prolonge le conflit et engage toujours davantage les pays européens dans les hostilités.