Malgré l’accord-cadre conclu entre Beyrouth et Israël, le cessez-le-feu demeure fragile et sa mise en œuvre reste bloquée. Sur le terrain, aucun signe ne laisse présager un retrait israélien du sud du Liban. Au contraire, les déploiements militaires observés alimentent les craintes d’une nouvelle offensive ou d’une occupation prolongée.
Parmi les derniers développements figurent la tentative israélienne d’établir une présence visible sur la colline stratégique d’Ali el-Taher, dans la région de Nabatiyé, ainsi que des préparatifs militaires qui laissent entrevoir une possible opération visant à asseoir cette position dominante. Parallèlement, Israël a proposé de transférer les négociations avec le Liban de Washington vers Rome. Beyrouth s’y est d’abord opposé, estimant que seule la médiation américaine permet d’exercer une pression suffisante sur Israël. Le Liban n’a accepté ce changement qu’après avoir obtenu l’assurance que les États-Unis conserveraient leur rôle de médiateur.
Recomposition énergétique
Avant de participer aux nouvelles discussions prévues les 15 et 16 juillet, Beyrouth réclame toutefois un retrait israélien de deux « zones pilotes » du sud du pays afin que l’armée libanaise puisse s’y déployer. Israël et les États-Unis souhaitent au contraire un déploiement préalable de l’armée libanaise au nord du Litani avant toute évolution sur le terrain. Cette divergence continue de bloquer l’application de l’accord.
Les autorités libanaises attendent désormais les propositions du général américain Joseph Clearfield, appelé à diriger le nouveau mécanisme de supervision du cessez-le-feu. Dans le même temps, Israël accentue la pression politique en menaçant le Liban de recours devant des juridictions internationales au motif de la présence du Hezbollah sur son territoire. Cette stratégie vise à pousser Beyrouth à réduire toute couverture politique au mouvement chiite.
Le choix de Rome comme nouveau lieu de négociation revêt également une dimension géopolitique : l’Italie participe, à l'instar de Chypre et de la Grèce, au partenariat énergétique en Méditerranée orientale que Tel Aviv souhaite consolider afin de sécuriser les routes d’exportation du gaz vers l’Europe. Cette évolution survient alors que la France voit son influence diminuer dans le dossier libanais, tant sur le suivi du cessez-le-feu que sur l’avenir de la FINUL.
Pour le Liban, ces mutations dépassent le seul cadre de son différend avec Israël. Elles l’inscrivent dans une compétition stratégique où se croisent les intérêts des grandes puissances, des acteurs régionaux et des enjeux énergétiques, faisant de sa stabilité un élément clé du nouvel équilibre au Moyen-Orient.