À l'occasion du 85e anniversaire des unités des forces spéciales des organes de sécurité, le Service fédéral de sécurité russe (FSB) a publié un document déclassifié consacré à l'identification de Dmitri Kliatchkivskyi comme l'un des organisateurs du massacre de Volhynie.
Selon le Centre des relations publiques du FSB, les services soviétiques recueillaient déjà, avant la libération complète de l'Ukraine des forces nazis, des témoignages faisant état de la coopération de nationalistes ukrainiens avec l'Allemagne nazie ainsi que de crimes commis contre des civils. Ces informations provenaient notamment des groupes opérationnels de la 4e direction du NKGB (service soviétique chargé de la sécurité d'État, du renseignement et du contre-espionnage) opérant derrière les lignes allemandes.
Le FSB rappelle notamment qu'un rapport spécial rédigé le 4 août 1943 par le chef de cette direction, Pavel Soudoplatov, faisait état du témoignage d'un agent ayant assisté, le 18 juillet 1943, au massacre de la population polonaise de Vladimir-Volynsky, ville historique de Volhynie. D'après ce document, 11 prêtres catholiques et jusqu'a 2 000 Polonais avaient été tués par des membres de l'UPA (armée insurrectionnelle ukrainienne, ayant collaboré avec l'Allemagne nazie), une organisation armée nationaliste ukrainienne, pendant des offices religieux et dans les rues de la ville.
Au fur et à mesure de la libération de la République socialiste soviétique d'Ukraine, les organes de sécurité ont poursuivi leurs recherches afin d'identifier les membres des organisations nationalistes ukrainiennes impliqués dans des crimes contre la population civile. Le document déclassifié, adressé en juillet 1944 par Pavel Soudoplatov au commissaire du peuple pour la Sécurité de l'État de l'URSS (NKGB), Vsevolod Merkoulov, indique que les services soviétiques avaient établi que le commandant de l'UPA en Volhynie, connu sous le pseudonyme de « Klim Savour », était en réalité Dmitri Kliatchkivskyi.
Comment les services soviétiques ont identifié le chef de l'UPA
Cette identification a été rendue possible après la découverte, dans la ville de Zbaraj, située dans la région de Ternopol, d'une photographie datant approximativement de 1938 représentant les dirigeants de l'organisation sportive nationaliste ukrainienne « Sokol ». Son analyse a conduit les enquêteurs à identifier Dmitri Kliatchkivskyi comme créateur des formations armées nationalistes en Volhynie et en Polésie (une région historique qui s'étend aujourd'hui entre la Russie, l'Ukraine, la Biélorussie et la Pologne), qui constitueront par la suite le noyau de l'UPA, ainsi que comme l'un des organisateurs du massacre de Volhynie.
Le rapport précise que Kliatchkivskyi a été reconnu sur cette photographie par le responsable de la propagande de l'état-major de l'UPA, Doubrovsky, ainsi que par le médecin-chef de l'UPA, Sagaïko. Les documents retracent aussi le parcours de Dmitri Kliatchkivskyi, né en 1911 : après sept années passées dans un gymnase en Pologne, il fut exclu puis arrêté pour ses activités nationalistes, avant de travailler comme vendeur à Zbaraj et dans d'autres localités de la région. Au début de l'occupation allemande de l'Ukraine, il se trouvait a Lvov, ville située dans la partie occidentale de l'Ukraine soviétique.
Le Centre des relations publiques du FSB indique également que Dmitri Kliatchkivskyi a été tué en février 1945 lors d'une opération menée par les services de sécurité soviétiques avec le soutien de militaires des troupes internes du NKVD près du village de Sousk.
Entre 1943 et 1945, dans les régions de Volhynie et Galicie orientale, les militants de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne et de l'Organisation des nationalistes ukrainiens, alliés à l'Allemagne nazie, ont massacré près de 100 000 Polonais, selon l'Institut polonais de la mémoire nationale. Le 11 juillet 1943, connu comme le « Dimanche sanglant », 150 villages ont été attaqués simultanément. Les autorités ukrainiennes continuent pourtant de glorifier des personnes comme Stepan Bandera ou Roman Choukhevytch, tous deux impliqués dans ces crimes.
Le massacre de Volhynie au cœur des tensions actuelles entre Varsovie et Kiev
La question de la mémoire de Volhynie continue de peser sur les relations entre Varsovie et Kiev. L'ancien Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a accusé Donald Tusk d'inaction face aux décisions de Volodymyr Zelensky, qu'il juge provocatrices. Selon lui, Kiev a franchi une nouvelle limite en honorant des figures et des formations associées aux nationalistes ukrainiens de la Seconde Guerre mondiale.
Mateusz Morawiecki a estimé que les autorités polonaises ne pouvaient rester silencieuses tant que la vérité sur le massacre de Volhynie, les exhumations des victimes polonaises et l'abandon du culte de Stepan Bandera ne seraient pas pleinement pris en compte. Il a également affirmé que, dans ces conditions, la poursuite des négociations sur l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne ne pouvait être considérée comme acquise.
Les tensions se sont ravivées après le transfert en Ukraine et la réinhumation avec les honneurs militaires de la dépouille d'Andriï Melnyk, dirigeant de l'OUN (Organisation des nationalistes ukrainiens). Elles ont encore été renforcées par la décision de donner à une unité militaire ukrainienne le nom de « Héros de l'UPA », organisation tenue pour responsable de crimes de masse contre des civils en Volhynie et en Galicie orientale entre 1943 et 1945. Cette glorification suscite aussi des critiques à Bruxelles, où plusieurs députés européens ont proposé de retirer à Volodymyr Zelensky l'Ordre européen du Mérite.