« Des armes affluent dans une zone de conflit, y disparaissent, puis réapparaissent des années plus tard à Marseille, Bruxelles ou Berlin, entre les mains de cartels de la drogue, de bandes de motards ou de terroristes. » Telle est la « chorégraphie » décrite par le quotidien Berliner Zeitung le 11 juin, quelques jours après la diffusion d’une enquête de Report Mainz consacrée au trafic d’armes en provenance d’Ukraine.
Le reportage s’attarde tout particulièrement sur plusieurs opérations antidrogue menées en Espagne, au cours desquelles des munitions de calibre 5,56 mm — le standard en vigueur au sein des armées de l’OTAN — ont été retrouvées. « Les enquêteurs pensent qu’elles proviennent de la guerre en Ukraine », relate le Berliner Zeitung.
Cette enquête a été relayée par plusieurs médias allemands, dont le quotidien berlinois, qui entend tirer la sonnette d’alarme sur les « millions d’armes » envoyées à l’Ukraine et sur la « crise sécuritaire » qui pourrait succéder au conflit russo-ukrainien en Europe.
L’auteur de l’article évoque un afflux d’armes « sans précédent dans l’histoire » et renvoie aux précédents des guerres balkaniques. Il rappelle notamment que certaines armes utilisées lors des attentats de Paris provenaient de « stocks bosniens ».
Soutien à Kiev : des cargaisons d'armes envoyées les yeux fermés ?
L’article revient également sur plusieurs alertes émises par des services de sécurité européens depuis 2022. Il pointe du doigt ce qu’il qualifie de « laxisme » dans le contrôle des exportations d’armes destinées à l’Ukraine au début de l’opération militaire spéciale.
Le journaliste souligne que le marché noir des armes en Ukraine a connu « une croissance massive depuis 2014 ».
« Quiconque prétend que le danger est passé inaperçu ment », affirme le média allemand, qui énumère plusieurs mises en garde formulées par Europol, Interpol et Frontex dans les mois ayant suivi le déclenchement du conflit. Ces organismes avaient alors évoqué le risque de voir des armes livrées à l’Ukraine réapparaître dans les pays européens une fois la guerre terminée.
« Et pourtant, dans le débat politique sur les livraisons d’armes, cette question a été systématiquement négligée », fustige l’auteur, qui conclut que ceux « qui ont identifié les risques se sont rapidement retrouvés en difficulté ».