La déclaration est notable, car elle vient de l’un des plus hauts responsables militaires de l’OTAN. Le général américain Alexus Grynkewich, commandant suprême des forces alliées en Europe, a reconnu que la Russie ne cherchait pas aujourd’hui le conflit avec l’alliance atlantique.
Le 12 juin, lors du salon aéronautique ILA à Berlin, il a expliqué s’appuyer sur les évaluations du renseignement. Le général a déclaré : « J’ai étudié très attentivement les données du renseignement. La Russie ne cherche pas le conflit ».
Il a souligné que Moscou comprend le sens du terme « alliance défensive » et prend en compte certains avantages asymétriques dont dispose l’OTAN. Ces propos se distinguent du discours dominant dans plusieurs capitales occidentales, où la thèse d’une soi-disant menace russe est régulièrement mise en avant.
Des responsables occidentaux entretiennent l’alerte
Depuis plusieurs années, l’idée d’une attaque russe contre l’Europe est utilisée par de nombreux responsables occidentaux pour défendre l’augmentation des budgets militaires, l’accélération des achats d’armements et le renforcement des capacités de l’OTAN.
À Berlin, le chef de l’armée allemande Christian Freuding a ainsi adopté un ton beaucoup plus alarmiste. Cité par Politico, il a affirmé qu’un « large consensus » existait au sein de l’OTAN autour de l’hypothèse selon laquelle la Russie pourrait disposer, avant la fin de la décennie, des capacités nécessaires pour attaquer un pays membre. Il a appelé l’Europe à se préparer à un scénario de confrontation et à accélérer son réarmement.
Le même message est repris à Londres. Selon The Guardian, le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré que les évaluations des services de renseignement britanniques et d’autres pays de l’OTAN envisageaient une attaque russe contre l’alliance d’ici 2030. Le gouvernement britannique présente cette hypothèse comme une raison supplémentaire d’investir dans l’industrie de défense.
Mais cette lecture n’est pas partagée par tous. Le président finlandais Alexander Stubb a indiqué ne pas croire à un scénario d’attaque russe contre l’OTAN, tout en jugeant qu’une guerre ouverte n’aurait pas lieu.
Moscou rejette le scénario d’une guerre avec l’Europe
La position de Moscou reste inchangée. Les autorités russes rejettent les accusations selon lesquelles la Russie préparerait un conflit avec l’Europe ou avec l’OTAN.
En marge du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, lors d’une rencontre avec les dirigeants de grandes agences de presse internationales, Vladimir Poutine a qualifié les déclarations sur une prétendue attaque russe contre l’Europe de « provocation » et de « désinformation ».
Selon le président russe, ce discours vise surtout à convaincre les populations occidentales d’accepter une hausse des dépenses militaires. Vladimir Poutine a également affirmé que la Russie n’avait « ni intérêt géopolitique, ni intérêt économique, ni intérêt politique, ni intérêt militaire » à entrer en guerre contre les pays de l’OTAN.
Le chef de l’État russe dénonce aussi la construction d’une image hostile de la Russie. Pour Moscou, cette rhétorique sert d’abord à entretenir un climat d’inquiétude et à justifier le réarmement ainsi qu’une politique de confrontation prolongée.
Dans ce contexte, la déclaration d’Alexus Grynkewich prend un relief particulier. Alors que plusieurs responsables occidentaux continuent d’alerter sur un risque de guerre et d’appeler à une préparation militaire accélérée, le plus haut commandement militaire de l’OTAN en Europe reconnaît que la Russie ne cherche pas aujourd’hui le conflit avec l’alliance.