Aux Bahamas, une équipe internationale d'archéologues a réalisé une découverte qui pourrait transformer notre compréhension de l'âge d'or de la piraterie dans les Caraïbes. Pour la première fois, des recherches menées dans le port de Nassau ont permis de mettre au jour des vestiges directement liés aux célèbres flibustiers qui dominaient autrefois les mers de la région, rapporte le Guardian.
L'expédition, autorisée à explorer une zone jusqu'ici fermée du port de l'île de New Providence, s'est concentrée sur un secteur qui servait de refuge aux pirates entre la fin du XVIIe siècle et le début du XVIIIe siècle. À cette époque, Nassau constituait l'un des principaux centres d'opérations des pirates, qui y préparaient leurs expéditions et y partageaient le produit de leurs prises.
Au cours des recherches sous-marines, les archéologues ont identifié six épaves, dont trois remonteraient à la période la plus active de la piraterie caribéenne. Parmi les découvertes les plus marquantes figure la carcasse calcinée d'un navire en bois reposant au fond de l'eau. Le navire semble avoir été incendié jusqu'à sa ligne de flottaison, tandis que son lest de pierres est resté en place.
Selon les responsables de l'expédition, cette méthode correspond à une pratique fréquemment utilisée par les pirates pour faire disparaître les preuves de leurs activités et compliquer le travail des autorités. Les traces observées sur l'épave présentent plusieurs caractéristiques compatibles avec ce type de destruction volontaire.
Les chercheurs avancent également une hypothèse particulièrement fascinante : le navire pourrait être lié au « Fancy », le célèbre bateau du pirate Henry Every. Ce dernier est entré dans l'histoire pour avoir réalisé l'un des pillages les plus lucratifs jamais attribués à un pirate : en 1695, il s'empara d'or, d'argent, de saphirs, d'émeraudes et de diamants pour une valeur estimée à près de 100 millions d'euros en monnaie actuelle, avant de devenir l'un des criminels les plus recherchés de son époque.
D'autres objets retrouvés sur le site renforcent l'intérêt de cette découverte. Les archéologues ont notamment récupéré un canon pivotant en fer, vingt-cinq balles de mousquet en plomb ainsi qu'une pierre à aiguiser destinée aux armes blanches. Ces équipements étaient particulièrement adaptés aux abordages et aux attaques rapides menées contre les navires marchands.
L'importance de l'expédition dépasse toutefois la seule valeur des objets retrouvés. Si plusieurs navires associés à des pirates ont déjà été identifiés dans différentes régions du monde, aucun n'avait jusqu'à présent été découvert dans le port même de Nassau, considéré comme le cœur historique de la piraterie des Caraïbes.
Cette découverte apporte ainsi de nouveaux éléments concrets sur une période longtemps enveloppée de mythes. Popularisés par les romans, les récits d'aventure et le cinéma, les pirates des Caraïbes demeuraient en grande partie méconnus sur le plan archéologique. Les vestiges retrouvés aux Bahamas offrent désormais une occasion rare de mieux comprendre leur mode de vie, leurs méthodes et le destin de leurs navires.