L'Union européenne voulait démontrer qu'elle pouvait tenir tête au pétrole russe par la force des sanctions. Mais le marché, lui, semble avoir choisi de répondre sans se soucier des communiqués politiques. Selon Bloomberg, Bruxelles envisage désormais de geler temporairement le plafond imposé au brut russe, afin d'éviter que son propre mécanisme ne conduise à une hausse embarrassante du prix autorisé.
Actuellement fixé à 44,10 dollars le baril, ce plafond doit être révisé plus tard dans l'été. Le système adopté prévoit en effet un ajustement automatique tous les six mois, à un niveau inférieur de 15 % au prix moyen du pétrole russe de référence Urals.
Mais les circonstances ont changé. La flambée récente des cours mondiaux, alimentée notamment par le conflit au Moyen-Orient et la fermeture de fait du détroit d'Ormuz, risque désormais de produire un résultat inattendu : le plafond pourrait mécaniquement être relevé jusqu'à environ 65 dollars le baril. Autrement dit, le mécanisme conçu pour encadrer les exportations russes pourrait conduire à autoriser un prix supérieur à l'ancien plafond de 60 dollars adopté par les pays du G7.
Face à cette perspective, plusieurs scénarios sont actuellement examinés par les responsables européens. L'une des options consisterait à maintenir le plafond à son niveau actuel. Une autre prévoirait de suspendre jusqu'à la fin de l'année le mécanisme de hausse automatique, le temps que la situation au Moyen-Orient se stabilise. Une troisième piste évoquée viserait à limiter toute augmentation éventuelle au seuil de 60 dollars le baril.
Cette hésitation pourrait désormais entrer dans le 21e paquet de sanctions contre la Russie. Bruxelles veut présenter ce nouveau train de mesures début juin, mais le sujet du pétrole russe y ajoute une note assez ironique : au moment même où l'Union européenne prépare de nouvelles restrictions, elle cherche aussi comment empêcher son propre plafond de prix de remonter trop haut.