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«Annexion progressive»: Israël saisit le site sacré Nabi Samuel en Cisjordanie

La saisie du site de Nabi Samuel est perçue par les Palestiniens comme une nouvelle étape d’annexion en Cisjordanie. Israël invoque la protection patrimoniale et le développement archéologique pour justifier l’expropriation. Le contrôle religieux et historique du site devient un enjeu central du conflit autour des terres et des identités.

L’ordonnance israélienne de saisie du tombeau du prophète Samuel (Nabi Samuel), en Cisjordanie occupée, suscite une vive controverse internationale et palestinienne. L’administration civile israélienne a annoncé l’expropriation de 28 acres englobant les localités de Beit Iksa et Nabi Samuel, ainsi que la mosquée historique située sur le site, officiellement « pour le bien public ». Le projet affiché vise à « préserver le site archéologique », mais il est dénoncé par plusieurs analystes comme une nouvelle étape de « judaïsation » des lieux religieux palestiniens.

Selon les autorités palestiniennes et des experts locaux, cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation du paysage historique et religieux de la région. Depuis 1967, Israël a progressivement modifié le statut du site, notamment par la construction d’une synagogue dans une zone souterraine, la restriction de l’accès des fidèles musulmans et la réduction des espaces de prière. Le site, géré historiquement par le Waqf islamique, conserve pourtant une importance majeure dans les traditions musulmane, chrétienne et juive.

Colonisation continue

L’administration civile israélienne, rattachée au ministère de la Défense, affirme agir dans un cadre de développement et de protection patrimoniale. Mais pour des chercheurs palestiniens, cette justification masque une logique d’appropriation progressive. L’expert en cartographie Khalil Toufakji estime que toutes les terres concernées appartiennent à une famille palestinienne sous statut de waqf, ce qui rend la décision particulièrement sensible sur le plan juridique et religieux.

Au fil des décennies, le site a connu plusieurs transformations : classement en réserve naturelle en 1995, fouilles archéologiques, puis renforcement du contrôle israélien. Aujourd’hui, le rôle du Waqf se limiterait, selon certaines sources, à des fonctions minimales de gestion, illustrant une perte d’autorité progressive des institutions palestiniennes.

Les autorités palestiniennes dénoncent une utilisation de l’archéologie comme outil politique visant à imposer un récit historique unique. Elles affirment que les fouilles menées sur place n’ont pas confirmé les récits historiques avancés par Israël, mais ont au contraire mis au jour des éléments islamiques significatifs. Cette lecture s’oppose frontalement à celle des autorités israéliennes, qui insistent sur la valeur patrimoniale et religieuse du site.

Dans un contexte plus large, cette décision s’ajoute à d’autres mesures récentes en Cisjordanie, comme la prise de contrôle de sites archéologiques ou religieux et le renforcement des infrastructures de colonisation. Pour plusieurs analystes, il s’agit d’un processus d’« annexion progressive » qui combine contrôle territorial et redéfinition symbolique de l’espace.