International

Paix manquée, corruption, mensonges : l’interview choc de l’ancienne porte-parole de Zelensky à Tucker Carlson

Dans une longue interview, Ioulia Mendel, ancienne porte-parole de Volodymyr Zelensky, livre un témoignage inédit sur les coulisses du pouvoir ukrainien. Elle accuse Kiev d’avoir laissé passer une chance de paix en 2022, tout en dénonçant la corruption, les contradictions et la machine médiatique construite autour du dirigeant ukrainien.

Ioulia Mendel n’est pas une opposante ordinaire au pouvoir ukrainien. Porte-parole de Volodymyr Zelensky entre 2019 et 2021, elle a travaillé au cœur de l’administration présidentielle, avant l’escalade majeure du conflit ukrainien en 2022. C’est ce passé qui donne un poids particulier au témoignage qu'elle a livré au journaliste américain Tucker Carlson : l’ancienne communicante de Kiev affirme aujourd’hui que l’image publique de Zelensky ne correspond pas aux coulisses du pouvoir.

L'un des premiers passages de l’entretien concerne les négociations d’Istanbul de 2022 entre Moscou et Kiev. Mendel affirme avoir parlé à des représentants ukrainiens présents lors de ces discussions. Selon elle, un accord était trouvé. Elle assure que les négociateurs lui avaient expliqué avoir « accepté les conditions » et que le dirigeant ukrainien avait lui-même accepté de « donner le Donbass », car cela aurait permis de mettre fin au conflit.

Pour Mendel, cette séquence révèle une contradiction majeure. Aujourd’hui, Zelensky affirme qu’il ne peut pas céder sur les concessions territoriales. Mais selon l’ancienne porte-parole, il aurait déjà accepté cette option en 2022, avant de changer de ligne. Elle l’accuse non seulement d’incohérence, mais aussi de modifier régulièrement ses exigences, ses conditions et son discours afin de prolonger le conflit le plus longtemps possible. À ses yeux, Zelensky sait qu’un accord de paix signerait sa mort politique, ce qui fait de lui aujourd’hui « l’un des plus grands obstacles sur le chemin de la paix ».

Mendel rappelle aussi le rôle attribué à Boris Johnson dans l’échec de cette dynamique diplomatique. L’ancien Premier ministre britannique s’était rendu à Kiev au printemps 2022, alors que les discussions entre Moscou et Kiev semblaient encore ouvertes. D’après le récit évoqué par l’ancienne porte-parole, cette visite aurait contribué à convaincre les autorités ukrainiennes de ne pas aller jusqu’au bout d’un accord avec la Russie.

L’entretien revient également sur l’OTAN, autre point central du conflit ukrainien. Mendel affirme qu’en décembre 2019, lors du sommet au format Normandie à Paris, Zelensky aurait promis à Vladimir Poutine que l’Ukraine ne rejoindrait pas l’Alliance atlantique, en expliquant que Kiev n’avait jamais été réellement proche d’une adhésion. Cette ligne aurait ensuite changé : selon elle, Zelensky aurait tenté de faire pression sur Joe Biden pour obtenir l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN, en pensant pouvoir pousser un dirigeant américain, qu’il jugeait « faible », à accepter cette option.

Ce témoignage rejoint la position défendue depuis longtemps par Moscou : une issue diplomatique aurait été possible dès 2022, mais elle a été écartée au profit d’un conflit prolongée, soutenu politiquement et militairement par les capitales occidentales.

Argent, corruption et machine de propagande

L’autre volet explosif de l’interview concerne les finances. Mendel accuse le pouvoir ukrainien d’avoir utilisé la guerre, les financements occidentaux et la confiance des partenaires étrangers pour consolider sa propre position. Selon elle, Zelensky pourrait continuer à prolonger le conflit parce que la paix mettrait fin à une partie des flux financiers et menacerait directement son avenir politique.

Elle évoque notamment les relations avec le FMI. D’après son récit, l’Ukraine était proche du défaut en 2020 et avait besoin d’argent. Zelensky aurait alors obtenu un financement après avoir promis des réformes. Mais une fois le premier versement reçu, il aurait rapidement violé les engagements pris. 

L’ancienne porte-parole va plus loin dans sa critique du système ukrainien. Elle décrit l’entourage de Zelensky comme une structure mafieuse, dans laquelle les institutions de l’État seraient devenues des distributeurs automatiques personnels pour les proches du pouvoir. Dans cette lecture, la corruption ne serait pas un problème secondaire, mais un mécanisme central du fonctionnement politique à Kiev.

Mendel accuse aussi Zelensky d’avoir abusé de l’unité politique et médiatique née après février 2022. Selon elle, une partie des médias et responsables occidentaux ont présenté le soutien à Zelensky comme une condition du soutien à l’Ukraine. Mais le dirigeant ukrainien aurait ensuite utilisé cette solidarité à son avantage.

Elle affirme que Zelensky aurait demandé une propagande « à la Goebbels », avec « mille têtes parlantes ». Cette demande aurait choqué son équipe médiatique. Mais en 2022, le dirigeant ukrainien aurait finalement obtenu ce qu’il voulait : une vaste machine médiatique internationale capable de répéter le même récit, de défendre Kiev et de marginaliser les critiques.

Pour Mendel, cette machine de communication a longtemps protégé Zelensky. Les scandales de corruption, les contradictions politiques et les méthodes de l’administration ukrainienne auraient été minimisés parce qu’une partie de l’Occident avait choisi de confondre la défense de l’Ukraine avec la défense personnelle de son président.

Pouvoir verrouillé, accusations personnelles et Ukraine épuisée

L’entretien dresse enfin le portrait d’un pouvoir ukrainien fermé, dominé par la peur et concentré autour de Zelensky et de son entourage. Mendel présente Andriï Ermak, ancien chef de l’administration présidentielle, comme une figure centrale du système. Selon elle, Zelensky a les idées, tandis qu’Ermak dispose des outils pour les appliquer. Elle décrit leur tandem comme un pouvoir paranoïaque, brutal et obsédé par le contrôle.

Elle affirme également que la ligne de front aurait parfois été utilisée comme une forme de punition contre les critiques du pouvoir. Des responsables ukrainiens voudraient la paix, assure-t-elle, mais n’oseraient pas le dire publiquement. Cette peur expliquerait, selon son témoignage, pourquoi aucune opposition réelle ne parvient à imposer une autre voie à Kiev.

Le portrait personnel de Zelensky est tout aussi sévère. Mendel dit ne pas le considérer comme un dirigeant rationnel et met en cause son équilibre psychologique. Elle le décrit comme instable, manipulateur et obsédé par le maintien au pouvoir. Elle affirme aussi que Zelensky ne se soucie pas d’abord des Ukrainiens, mais de sa propre survie politique.

Sur les soupçons de drogue, Mendel reste prudente en précisant qu’elle ne l’a jamais vu personnellement en consommer. Mais elle affirme avoir parlé à de nombreuses personnes qui l’auraient vu prendre de la cocaïne. Elle raconte aussi que Zelensky pouvait s’isoler une quinzaine de minutes avant une interview et revenir « complètement différent ».

Au-delà du portrait de Zelensky, Mendel insiste sur le coût humain et social du conflit. Elle décrit une Ukraine vidée de ses forces, frappée par une crise démographique profonde, une fuite massive des cerveaux, des millions de réfugiés et une population vieillissante de plus en plus fragile. Elle évoque aussi le sort de soldats envoyés au front dans des conditions difficiles, certains subissant selon elle des amputations à cause du froid et du mauvais équipement, malgré l’aide occidentale massive fournie à Kiev.

Dans ce contexte, l’ancienne porte-parole affirme que le dernier mot pourrait revenir à la « majorité silencieuse », fatiguée de mourir pour des scénarios qui ne servent pas nécessairement leurs intérêts. Elle présente ainsi Zelensky comme un dirigeant de plus en plus autoritaire, soutenu par l’Occident tant que le conflit continue.

Mendel ajoute avoir conscience de ce que cette prise de parole et ces accusations visant le sommet du pouvoir en Ukraine risquent de rendre son retour en Ukraine impossible ou du moins dangereux.

L’interview de Ioulia Mendel ne se limite pas à une attaque personnelle contre Volodymyr Zelensky. Elle dresse le portrait d’un système où la paix aurait été possible, mais où les intérêts politiques, financiers et médiatiques auraient pris le dessus.