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Roumanie : le gouvernement pro-européen renversé par une motion de censure

Le Parlement roumain a renversé, le 5 mai, le gouvernement pro-européen du Premier ministre Ilie Bolojan à l’issue d’une motion de censure portée par les sociaux-démocrates du PSD et les conservateurs d’AUR. Ce revers politique survient plusieurs mois après l’annulation de la présidentielle sur fond d’accusations de prétendue ingérence russe.

Rien ne va plus à Bucarest. Le 5 mai, le gouvernement pro-européen du Premier ministre Ilie Bolojan a été balayé par une motion de censure déposée par le Parti social-démocrate (PSD) — qui avait quitté la coalition gouvernementale fin avril — et l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR), dirigée par George Simion.

Dans l'hémicycle, 281 des 464 parlementaires ont voté la défiance — nettement au-delà des 233 voix nécessaires — entraînant la chute d’Ilie Bolojan, en poste depuis juin 2025, après une élection présidentielle qui avait vu George Simion arriver largement en tête au premier tour avant d’échouer de peu au second face au pro-européen Nicușor Dan. Une victoire entachée par des accusations d’ingérence étrangère, orchestrée par Paris et Chisinau.

À la suite de ce désaveu essuyé par la formation pro-européenne, George Simion a appelé à la tenue d’élections anticipées. Une piste que ses adversaires semblent toutefois écarter. « Je tiens à assurer aux Roumains que, quoi qu’il arrive, la Roumanie continuera à suivre sa voie vers l’Occident », avait déclaré Nicușor Dan avant le vote du Parlement, ajoutant qu’« il y aura peut-être une ou deux semaines d’incertitude, mais cela ne doit pas nous inquiéter, car l’engagement envers les objectifs importants reste intact ».

Le coût économique de l’instabilité politique

Sur le plan économique, la monnaie du pays pâtit de cette situation politique. À l’approche du vote, la monnaie nationale, le leu, a atteint un plus bas historique face à l’euro. Avec un déficit public de 7,9 % du PIB au quatrième trimestre 2025, selon les données d'Eurostat, la Roumanie fait l’objet d’une procédure européenne pour déficit excessif depuis 2020.

Début décembre 2024, la Cour constitutionnelle roumaine avait annulé les résultats du premier tour de l'élection présidentielle, initialement remporté par Calin Georgescu, candidat indépendant alors présenté dans plusieurs médias comme un « ultra-nationaliste » et « pro-russe ». Ce résultat avait suscité une vive inquiétude parmi les partisans des alliances euro-atlantiques de la Roumanie, qui avaient accusé TikTok — ainsi que la Russie — d’avoir favorisé la percée électorale de Georgescu.

En 2025, alors que Georgescu était de nouveau donné favori dans la course à la présidence, sa candidature avait été écartée par la Commission électorale au motif qu’elle « ne remplit pas les conditions de légalité » et enfreindrait « les règles démocratiques d'un suffrage honnête et impartial ».

« Le processus électoral [...] reprendra dans son intégralité, le gouvernement fixera une nouvelle date pour l'élection », avait déclaré la Cour constitutionnelle le 6 décembre 2024, sans préciser les motifs détaillés de sa décision. Dans la foulée, George Simion avait dénoncé sur X un « coup d’État en cours » et appelé ses partisans à la retenue, arguant que « ce système doit tomber démocratiquement ».