L’Iran pourrait transformer son contrôle du détroit d’Ormuz en levier économique structuré. Déjà, certains navires doivent obtenir une autorisation préalable et fournir des documents détaillés avant de traverser cette artère stratégique du commerce mondial. Dans ce contexte, Téhéran chercherait à imposer non pas un « péage » au sens strict, mais des « frais de service », juridiquement plus acceptables au regard du droit maritime international.
L’enjeu est de taille : environ un tiers du pétrole transporté par voie maritime transite habituellement par ce passage. En démontrant sa capacité à en restreindre l’accès durant le conflit, l’Iran a renforcé sa position. Toutefois, la mise en place d’un système pérenne suppose une reconnaissance implicite par les grandes puissances et les acteurs du transport maritime. Or, ni les États-Unis ni l’Iran ne sont signataires de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, ce qui entretient une zone grise juridique.
Vers une tarification au tonnage ?
Sur le terrain, le dispositif reste encore rudimentaire. Le trafic a fortement chuté, et seuls certains navires, souvent liés à des partenaires comme la Russie ou la Chine, continuent de circuler. Les modalités de paiement demeurent floues : yuan, cryptomonnaies ou circuits financiers indirects sont évoqués, révélant les contraintes héritées des sanctions internationales. Pour les armateurs occidentaux, le risque juridique reste élevé, notamment en cas de transaction avec des entités en lien avec les Gardiens de la révolution.
À terme, l’Iran pourrait privilégier une tarification basée sur le tonnage ou le volume transporté, tout en proposant des vaisseaux d’escorte pour justifier ces frais. Mais l’adhésion des acteurs clés sera déterminante. Certains pourraient accepter ces coûts, absorbés par la hausse des prix de l’énergie, tandis que d’autres privilégieront des routes alternatives, même plus longues et coûteuses.
Au-delà de l’aspect économique, cette évolution traduirait un repositionnement stratégique majeur. L’Iran ne chercherait plus seulement à contourner les sanctions, mais à redéfinir son rôle dans la régulation des flux énergétiques mondiaux. Reste à savoir si un tel système pourra s’imposer sans raviver les tensions, tant il crée un précédent sensible dans une zone déjà hautement instable.