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L’Irak piégé par la crise d’Ormuz et ses divisions internes

La fermeture du détroit d’Ormuz bloque les exportations pétrolières irakiennes et fragilise son économie. Le conflit entre Bagdad et le Kurdistan empêche l’utilisation d’une route alternative. Pris dans les tensions régionales, l’Irak reste dépendant d’un compromis interne difficile.

La fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran provoque une onde de choc bien au-delà du Golfe. Parmi les pays les plus exposés figure l’Irak, dont l’économie dépend presque entièrement des exportations pétrolières. Avec l'arrêt quasi total des flux depuis les terminaux du privé Sud, Bagdad se retrouve coupé de sa principale voie d'exportation, une situation qui menace directement ses revenus publics.

Dans ce contexte, une alternative existe théoriquement au nord, via le Gouvernement régional du Kurdistan et l'oléoduc dépendant de Kirkouk au port turc de Ceyhan. Mais cette option reste bloquée par un ancien différend entre Bagdad et Erbil. Les autorités kurdes refusent d'ouvrir leur infrastructure sans accord préalable, dénonçant notamment des mesures économiques jugées hostiles et l'inaction du pouvoir central face aux attaques visant leurs installations.

L'Irak peine à trouver une solution

Ce bras de fer intervient pourtant à un moment critique. Le pétrole représente près de 90 % des ressources de l’État irakien, et toute interruption prolongée fragilise davantage un pays déjà instable. Bagdad tente bien de relancer d'autres infrastructures, comme un pipeline alternatif vers la Turquie, mais les contraintes techniques et politiques rendent cette solution difficile à court terme, notamment en raison du passage sur des territoires contrôlés par le Kurdistan.

Au-delà des enjeux économiques, cette crise s'inscrit dans une dynamique régionale plus large. L'Irak, pris entre les tensions opposant les États-Unis et l'Iran, peine à maintenir une position d'équilibre. La présence de milices pro-iraniennes, impliquées dans des attaques contre des sites énergétiques ou des intérêts occidentaux, complique davantage la situation. Malgré les déclarations de neutralité, le pays apparaît de plus en plus comme un terrain indirect du conflit.

Les tensions politiques internes ralentissent toute prise de décision. Entre rivalités institutionnelles et processus de formation gouvernementale, les marges de manœuvre restent limitées. Bagdad a même averti les autorités kurdes contre toute implication dans le conflit régional, alors que circulent des spéculations sur d'éventuelles opérations transfrontalières.

Malgré ce climat tendu, l'histoire récente montre que la coopération et les compromis restent possibles. Les Kurdes et les autorités fédérales ont déjà su s'allier par le passé face aux crises majeures. Aujourd'hui encore, la nécessité économique et la stabilité du pays pourraient les contraindre à résoudre leurs différends, dans un contexte où l'Irak n'a guère d'autre choix que de préserver son unité.