International

L’oléoduc saoudien contournant Ormuz devient crucial dans la crise pétrolière

La fermeture du détroit d’Ormuz pousse l’Arabie saoudite à utiliser pleinement son oléoduc Est-Ouest. Cette infrastructure permet de maintenir une partie des exportations pétrolières malgré la crise. Mais ses capacités limitées et les nouveaux risques en mer Rouge maintiennent une forte incertitude sur les marchés énergétiques.

Alors que la guerre américano-israélienne contre l'Iran perturbe gravement les flux énergétiques mondiaux, l'Arabie saoudite active un atout stratégique conçu il y a plus de quarante ans : l'oléoduc Est-Ouest. Construit dans les années 1980 pour contourner le détroit d'Ormuz, ce pipeline relie les champs pétroliers du golfe Persique au port de Yanbu, sur la mer Rouge, et voit aujourd'hui son rôle redevenir central. Le directeur général de Saudi Aramco, Amin Nasser, a annoncé que les volumes transportés augmentaient rapidement et que l'infrastructure atteindrait bientôt sa capacité maximale, estimée à environ sept millions de barils par jour.

La quasi-fermeture du détroit d'Ormuz a profondément bouleversé les routes énergétiques. Ce passage maritime stratégique assure habituellement le transit d'environ 18 millions de barils de pétrole par jour. Sa paralysie provoque donc un choc majeur sur le marché mondial. Dans ce contexte, l'oléoduc saoudien apparaît comme l'un des rares moyens de maintenir une partie des exportations régionales vers les marchés internationaux.

Une alternative risquée

Pour Riyad, cette infrastructure permet non seulement de sécuriser une partie de ses ventes de pétrole, mais aussi d'atténuer les tensions sur les marchés. Selon plusieurs experts, ce système avait été précisément conçu pour ce type de scénario. Il pourrait également offrir un répit économique aux États-Unis et à leurs alliés, alors que le conflit fait craindre une flambée des prix de l'énergie et un ralentissement économique mondial.

Cependant, cette solution reste limitée. Les capacités du terminal de Yanbu sont inférieures aux volumes exportés habituellement par l'Arabie saoudite, ce qui empêche de compenser totalement la fermeture d'Ormuz. Par ailleurs, les infrastructures énergétiques du Golfe demeurent vulnérables aux attaques. Des frappes de drones ont déjà visé certaines installations dans la région, tandis que les exportations via la mer Rouge exposent désormais le trafic maritime au passage stratégique de Bab el-Mandeb.

Cette réorientation des flux pétroliers vers la mer Rouge crée ainsi de nouveaux risques géopolitiques. Les tensions régionales, la vulnérabilité des installations et les menaces pesant sur les routes maritimes pourraient continuer à alimenter l'instabilité du marché énergétique mondial.