Le ministre belge de la Défense, Theo Francken, a vivement dénoncé la légèreté avec laquelle plusieurs responsables européens évoquent ces dernières semaines l’élargissement de la dissuasion nucléaire sur le continent. Selon lui, il est difficile de comprendre pourquoi des responsables politiques se montrent aussi bavards sur un sujet d’une telle gravité, jugeant cette attitude ni raisonnable ni responsable, et appelle explicitement à « se taire ».
Cette sortie tranche avec le flot d’annonces et de prises de position enregistrées à travers l’Europe. En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz a ainsi déclaré avoir engagé des échanges confidentiels avec le président français Emmanuel Macron sur la question d’une dissuasion nucléaire européenne. Plus concrètement, Berlin se dit prêt à discuter d’un éventuel bouclier commun avec la France et le Royaume-Uni, à condition que cette réflexion s’inscrive dans le cadre du partage nucléaire de l’OTAN et du respect des obligations juridiques existantes.
Dans les pays baltes, le débat a également franchi un nouveau seuil. À la mi-février, les autorités estoniennes ont indiqué ne pas exclure l’accueil d’armes nucléaires sur leur territoire si une telle décision devait s’inscrire dans les plans de défense de l’Alliance atlantique. Le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna, a précisé que Tallinn n’envisagerait que le déploiement d’armes appartenant à des États alliés et qu’aucune doctrine nationale n’interdisait explicitement ce scénario. Selon lui, l’Europe ne devrait pas rejeter l’idée d’une dissuasion nucléaire organisée au niveau de l’OTAN, tout en rappelant que l’Estonie ne dispose pas d’armes nucléaires propres et que toute décision relèverait exclusivement d’un cadre collectif.
En Pologne, le président Karol Nawrocki a estimé, le 15 février, que son pays devrait s’orienter vers le développement de sa propre capacité nucléaire, jugeant la situation sécuritaire particulièrement dégradée et évoquant la « proximité d’un conflit armé », notamment « à cause de la Russie ». Dès 2024, son prédécesseur Andrzej Duda avait déjà soulevé la possibilité d’un déploiement d’armes nucléaires américaines sur le sol polonais.
Il est à noter que, déjà à l’époque, le ministère russe des Affaires étrangères avait averti que toute implantation de ce type ferait immédiatement des infrastructures concernées, des cibles légitimes en cas d’affrontement militaire direct avec l’OTAN.