Les États-Unis ont officiellement décidé de relancer l’enrichissement d’uranium sur leur sol, un secteur stratégique qui s’était progressivement affaibli. Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a déclaré le 17 février 2026 lors d’une conférence à Paris que Washington allait « redémarrer l’enrichissement d’uranium aux États-Unis », en partie avec des partenaires en France.
Cette annonce marque la volonté de reconstituer une capacité industrielle aujourd’hui limitée. Le groupe français Orano, spécialisé dans la production de combustible nucléaire, a obtenu le mois dernier un financement de 900 millions de dollars du département américain de l’Énergie pour participer à la construction d’une installation d’enrichissement dans l’État du Tennessee. À travers ce projet, les autorités américaines cherchent à recréer une infrastructure nationale capable de soutenir durablement leur industrie nucléaire civile.
Une « renaissance nucléaire » assumée
Dès le 7 janvier, Chris Wright avait reconnu publiquement les lacunes du dispositif américain. Il avait indiqué que les États-Unis ne comptaient pratiquement plus d’entreprises actives dans l’enrichissement d’uranium, en dehors de certains laboratoires liés au secteur militaire. Il avait souligné que, pour des raisons de sécurité nationale, le pays devait impérativement disposer d’installations capables d’alimenter les réacteurs nucléaires de nouvelle génération.
Le ministre américain a appelé à l’ouverture d’une « ère de renaissance nucléaire ». Il a déclaré : « Nous voulons que l’ère du renouveau nucléaire commence aux États-Unis… Nous allons rétablir l’enrichissement d’uranium aux États-Unis, en partie avec des entreprises américaines, mais aussi avec nos partenaires étrangers », a-t-il affirmé lors de son intervention.
Le département américain de l’Énergie a annoncé début janvier un programme d’investissements de 2,7 milliards de dollars sur dix ans destiné à soutenir le développement de cette filière. Washington entend ainsi restaurer une autonomie industrielle qu’il considère désormais comme essentielle à sa sécurité énergétique.
Des sanctions aux conséquences durables
La relance américaine s’inscrit dans un contexte de mesures croisées entre Moscou et Washington. En mai 2024, l’ancien président américain Joe Biden avait signé une loi interdisant l’importation d’uranium russe jusqu’en 2040, avec des dérogations possibles jusqu’en 2028 sous autorisation du département américain de l’Énergie. Cette décision visait à réduire la dépendance américaine vis-à-vis des approvisionnements russes.
En réponse, le gouvernement russe a instauré des restrictions sur l’exportation d’uranium enrichi vers les États-Unis, avec des exceptions possibles via des licences individuelles délivrées par le Service fédéral de contrôle technique et des exportations. Une mesure prise sur instruction du président Vladimir Poutine.
Ces décisions ont profondément modifié les équilibres du marché nucléaire international. Malgré les sanctions et les tensions politiques, la Russie demeure l’un des principaux acteurs mondiaux de l’enrichissement d’uranium. Washington cherche désormais à reconstituer une capacité industrielle nationale afin de sécuriser son approvisionnement et réduire sa vulnérabilité stratégique.