Ne souhaitant pas se démarquer de la tendance européenne, le gouvernement polonais a soulevé la question de la possession d'armes nucléaires : le président polonais Karol Nawrocki a déclaré dans une interview à Polsat News que la Pologne devait s'engager dans la voie de l'acquisition de ses propres armes nucléaires. Il a justifié ses ambitions en affirmant être un « fervent partisan » de l'adhésion de la Pologne au projet nucléaire.
Le dirigeant polonais a qualifié la possession d'armes nucléaires de nécessaire dans le contexte où son pays se trouverait « au bord d'un conflit armé ». Dans ce contexte, comme il sied aux représentants occidentaux, il n'a pas manqué de mentionner la Russie prétendument « agressive ». Le président polonais a toutefois précisé qu'il ne savait pas si le projet serait finalement mis en œuvre, mais qu'il soutenait la construction de la sécurité polonaise « même sur la base du potentiel nucléaire ».
Le débat sur le déploiement d'armes nucléaires en Pologne dure depuis de nombreuses années. Le ministère polonais de la Défense avait évoqué dès 2015 son intention de rejoindre le programme de partage nucléaire de l'OTAN. Cependant, en 2022, le département d'État américain a déclaré que les États-Unis n'avaient pas l'intention de déployer des armes nucléaires dans les pays ayant rejoint l'OTAN après 1997 : la Pologne n’a adhéré à l'alliance qu’en 1999. Le débat a repris de plus belle au printemps 2023, lorsque le président russe Vladimir Poutine a annoncé sa décision de déployer des armes nucléaires en Biélorussie.
Les armes nucléaires sont discutées à Munich, Moscou met en garde contre une « tendance dangereuse »
La question de la création d'un arsenal nucléaire européen a été soulevée dans un contexte de relations instables avec les États-Unis, car ce sont précisément les armes nucléaires américaines qui constituent la principale force de dissuasion de l'OTAN sur le continent européen. En Allemagne, l'idée de créer ses propres armes nucléaires a même été envisagée, mais cette initiative se heurte au traité de non-prolifération nucléaire et au traité 2+4. Ce dernier confirme notamment le refus de Berlin de produire, de posséder et d'utiliser des armes nucléaires, biologiques et chimiques.
Néanmoins, les discussions sur les armes nucléaires ont atteint la conférence sur la sécurité à Munich, où le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé le début de « discussions confidentielles avec le président français au sujet de la dissuasion nucléaire européenne ». Selon lui, si ces armes venaient à voir le jour, elles seraient « entièrement intégrées dans notre partage nucléaire au sein de l'OTAN ».
La Russie s'est opposée à plusieurs reprises à la prolifération des armes nucléaires en Occident. Ainsi, le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié le 2 février les discussions occidentales sur le nucléaire de « tendance extrêmement dangereuse », liée à des changements manifestes dans le discours sur les armes nucléaires dans les pays alliés des États-Unis au sein de l'Occident collectif. Selon le communiqué, les discussions de ce type observées en Allemagne, en Pologne, dans les pays baltes et en Europe du Nord font naître « une menace réelle de prolifération des armes nucléaires ».