En Afrique, Washington privilégie désormais les contrats d’achat anticipé de minerais critiques pour faire face à l’avance de la Chine dans ce domaine stratégique. Les autorités américaines concentrent leurs efforts en République démocratique du Congo (RDC), en Zambie et en Guinée, où elles signent des « offtake contracts » avec des acteurs locaux. Ces accords permettent de réserver des volumes de production — cobalt, cuivre, lithium — avant même leur extraction.
Cette méthode permet aux États-Unis d’éviter les aléas politiques et logistiques liés à l’exploitation directe des sites miniers. « Les États-Unis utilisent leur puissance financière au lieu d’une présence industrielle », résume Vincent Rouget, analyste chez Control Risks. Tandis que la Chine développe ses infrastructures sur le terrain et engage sa main-d’œuvre, les Américains préfèrent rester à distance, tout en s’assurant un accès privilégié aux ressources.
L’entreprise KoBold Metals illustre bien cette approche. Elle a acquis plus de 3 000 km² de concessions minières en RDC, sans toutefois lancer de production, freinée par la lourdeur administrative locale. Pendant ce temps, des sociétés chinoises telles que Zijin Mining ou CMOC contrôlent les plus grandes mines congolaises, comme Tenke Fungurume et Kamoa-Kakula, consolidant ainsi leur domination sur le marché du cobalt.
Un stock stratégique pour sécuriser l’industrie américaine
Cette stratégie s’inscrit dans le cadre du « Project Vault », annoncé début février 2026 par Donald Trump. Ce programme vise à constituer une réserve stratégique de minerais critiques pour protéger l’industrie américaine. Doté de 12 milliards de dollars, il repose sur un prêt de 10 milliards de dollars de la Banque d’export-import des États-Unis, complété par des capitaux privés.
La RDC pourrait recevoir une part importante de ces flux, sans garantie de transformation locale. Gécamines, la société publique congolaise, a déjà signé des accords avec le groupe suisse Mercuria pour diriger une partie de sa production vers les États-Unis. Parallèlement, le consortium Orion Critical Mineral — lié au gouvernement américain — négocie l’achat de parts dans des mines congolaises détenues par Glencore.
Le 4 février, un sommet à Washington a réuni plus de 40 délégations africaines, dont celles de la Guinée et du Kenya. L’événement confirme l’intérêt stratégique de Washington pour le continent. Peu après, la Guinée a signé un protocole d’accord sur les minerais critiques, visant notamment la bauxite, le graphite, le fer et le lithium.
Des partenariats aux bénéfices encore limités pour l’Afrique
Malgré l’annonce des projets américains, les retombées industrielles pour l’Afrique restent minces. Les États-Unis privilégient toujours l’exportation brute, sans investir sérieusement dans la transformation locale. Résultat : le continent capte une faible part de la valeur générée.
La Chine, en revanche, combine exploitation minière et infrastructures. Ce modèle, bien que partiel, s’aligne davantage sur les objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui mise sur la transformation locale et le développement industriel. En RDC, la renégociation du contrat Sicomines en 2024 illustre cette logique, avec de nouveaux engagements en matière d’infrastructures.
L’Afrique reste au centre de la rivalité entre grandes puissances. Elle dispose d’un levier inédit pour faire valoir ses intérêts dans la chaîne de valeur mondiale. Mais sans exigence claire sur la transformation sur place, le risque est de reconduire les anciens schémas d’exportation brute qui freinent son industrialisation.