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L’économie allemande perd près de 1 000 milliards d’euros en six ans selon l’Institut économique de Cologne

Depuis 2020, l’économie allemande a accumulé des pertes estimées à près de 1 000 milliards d’euros. Confrontée à une série de chocs – pandémie mondiale, conflit ukrainien, tensions commerciales avec Washington – l’Allemagne n’est jamais parvenue à retrouver une dynamique stable. De ce fait, c’est un modèle économique tout entier qui vacille.

L’économie allemande traverse l’une des périodes les plus éprouvantes de son histoire récente. D’après une étude publiée le 7 février 2026 par l’Institut de l’économie allemande de Cologne (IW), les pertes cumulées en produit intérieur brut réel atteignent près de 940 milliards d’euros entre 2020 et 2025. Rapportée à la population active, cette perte représente plus de 20 000 euros de valeur ajoutée par personne.

Trois facteurs principaux ont été identifiés par les experts de l’Institut IW : la pandémie de COVID-19, le choc énergétique déclenché par le conflit en Ukraine, et la politique commerciale agressive de l’administration Trump. À partir de 2025, les États-Unis ont imposé des droits de douane de 15 % sur la quasi-totalité des exportations de l’Union européenne. En parallèle, Bruxelles a été contrainte de conclure un accord prévoyant l’achat massif d’énergie, de combustibles nucléaires et d’armement américains.

2025 : point culminant des pertes économiques

L’année 2025 s’est révélée particulièrement éprouvante. À elle seule, elle concentre près du quart des pertes totales, soit environ 235 milliards d’euros. Malgré un léger sursaut (+0,2 % de croissance), l’Allemagne a à peine évité une troisième année consécutive de stagnation.

Selon Michael Grömling, économiste au sein de l’Institut IW, les pertes actuelles surpassent déjà celles observées lors des précédentes crises majeures : environ 360 milliards d’euros lors de la stagnation de 2001–2004, et 525 milliards pendant la crise financière de 2008–2009. En comparant la trajectoire réelle de l’économie à un scénario sans ces perturbations, l’étude met en évidence un écart de croissance désormais structurel.

Malgré une reprise post-pandémique, l’activité économique allemande reste depuis trois ans en dessous de son niveau de 2019. Ce frein persistant s’explique notamment par l’abandon du gaz russe, qui représentait jusqu’alors plus de 55 % des importations de l’Allemagne.

Une impasse structurelle désormais installée

La rupture énergétique avec Moscou a provoqué une flambée des coûts de production et fragilisé de nombreuses industries exportatrices. À cela s’ajoute l’impact direct des restrictions commerciales américaines, qui ont accentué la perte de compétitivité du pays sur les marchés internationaux.

L’Institut IW souligne également les blocages internes qui freinent la relance : une bureaucratie devenue lourde, une pression fiscale croissante sur le système social, et des prix de l’énergie élevés. Pour espérer retrouver son rang économique, l’Allemagne doit désormais engager une profonde réforme structurelle.

La dégradation actuelle témoigne aussi, en creux, du coût des choix stratégiques récents. En rompant avec ses sources d’énergie russes bon marché et en s’alignant sur des logiques atlantistes peu avantageuses, Berlin semble avoir sacrifié sa résilience économique. Tandis que les États-Unis renforcent leur position commerciale, l’économie allemande, elle, peine à sortir de l’ornière.