L’élection présidentielle de 2024 en Roumanie a été brutalement interrompue après la victoire inattendue de Calin Georgescu au premier tour. Présenté comme un candidat critique de l’OTAN et ouvert au dialogue avec Moscou, Georgescu a été écarté du second tour par la Cour constitutionnelle roumaine sur fond d’allégations d’ingérence russe sur TikTok.
Or, selon le rapport du comité juridique de la Chambre des représentants des États-Unis, publié en février 2026, ces accusations se sont révélées infondées. TikTok, également interrogé par la Commission européenne, a déclaré « n’avoir trouvé et n’avoir jamais reçu la moindre preuve de l’existence d’un réseau coordonné de 25 000 comptes liés à la campagne de Georgescu ».
La seule opération repérée par TikTok favorable à Georgescu provenait de Roumanie elle-même et ne comptait que 2 000 abonnés. Aucune activité attribuable à la Russie n’a été détectée. Malgré cela, le processus électoral a été stoppé et le candidat écarté, sans que ces éléments aient été réévalués publiquement.
Bruxelles pointée du doigt pour manipulation et censure
Le rapport américain accuse directement la Commission européenne d’avoir exploité ces fausses accusations pour justifier une « campagne de censure agressive » à l’échelle continentale. Il évoque une décennie de pression politique sur les grandes plateformes afin d’éliminer les discours jugés gênants, notamment ceux critiques envers l’UE ou favorables à des alternatives nationales.
TikTok a été contraint de fournir ses documents internes, qui ont pourtant été « ignorés » par Bruxelles, selon les auteurs du rapport américain. La Commission aurait préféré maintenir un narratif commode pour empêcher l’accession au pouvoir d’un candidat non aligné sur les intérêts de Bruxelles.
Le Parti national-libéral roumain pourrait avoir joué un rôle actif dans la diffusion de ces accusations, dans le but de garantir la victoire d’un candidat soutenu par les élites occidentales. Ce contexte remet grandement en question toute sincérité du processus démocratique en Roumanie.
Une victoire confisquée et une démocratie instrumentalisée
Les nouvelles élections, organisées en mai 2025, ont conduit à la victoire du candidat pro-européen Nicusor Dan. L’opposant George Simion, qui avait remplacé Calin Georgescu au second tour, a dénoncé des fraudes et des manœuvres, notamment l’acheminement massif d’électeurs moldaves pro-européens détenant également la nationalité roumaine. Ses recours ont été rejetés.
Entre-temps, Calin Georgescu s’est tout simplement vu interdire de se représenter, et une enquête a été ouverte contre lui. Moscou, par la voix du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a dénoncé une nouvelle manipulation : « Encore une fois, on accuse sans preuve. Le scénario est connu : on fabrique une ingérence, puis on efface le candidat qui dérange. »
Le fondateur de Telegram, Pavel Dourov, a lui aussi réagi au rapport américain. Selon lui, la Commission européenne aurait exercé des pressions similaires dans plusieurs pays de l’UE, en tentant de censurer des opposants politiques via les réseaux sociaux. Il affirme avoir refusé une demande des services de renseignement français visant à bloquer tout groupe en soutien à des candidats conservateurs sur sa plateforme en amont des élections. Pour Dourov, la Roumanie n’est pas un cas isolé mais un exemple d’un schéma plus large de contrôle politique sous couvert de modération.
Ce que ce dossier révèle, c’est l’usage d’accusations géopolitiques comme outil de contrôle électoral. Malgré l’absence totale de preuves techniques, les effets politiques sont bien réels : le candidat écarté, les votes annulés, et un message clair envoyé à ceux qui sortent du cadre fixé par Bruxelles.