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Les États-Unis déploient un contingent militaire au Nigeria

Washington a confirmé l’envoi d’un groupe de militaires américains au Nigeria. Il s’agit du premier déploiement terrestre connu depuis les frappes américaines de décembre 2025. Cette décision s’inscrit dans le cadre d’un renforcement de la coopération sécuritaire avec Abuja, sur fond de lutte contre le terrorisme dans l’ouest de l’Afrique.

Les États-Unis ont envoyé un contingent réduit de soldats au Nigeria, a annoncé le 3 février le général Dagvin Anderson, chef du commandement militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM). C’est la première fois que les États-Unis reconnaissent officiellement la présence de leurs soldats au Nigeria depuis les frappes du 25 décembre 2025.

Cette décision fait suite à un accord bilatéral entre les deux pays pour intensifier leur collaboration dans la lutte contre les groupes armés. Lors d’un point presse, le général Anderson a déclaré : « L’accord a conduit à une collaboration renforcée entre nos nations, notamment à l’envoi d’une petite équipe américaine disposant de capacités uniques. » Aucune précision n’a été donnée sur le nombre de militaires impliqués, ni sur la nature exacte de leur mission.

Le ministre nigérian de la Défense, Christopher Musa, a confirmé la présence de ce groupe, tout en refusant de dévoiler plus de détails. Un ancien responsable américain a précisé que les soldats seraient essentiellement chargés de missions de renseignement, en soutien aux forces nigérianes engagées contre Boko Haram et l'État islamique en Afrique de l’Ouest.

Pressions de Washington et rhétorique religieuse

L’envoi de ce contingent intervient dans un contexte de pressions accrues de Washington sur le gouvernement nigérian. Fin 2025, Donald Trump avait accusé Abuja de ne pas protéger les populations chrétiennes contre les exactions de groupes islamistes dans le nord-ouest du pays. Dans un discours publié sur Truth Social, il qualifiait ces violences de « génocide » et n’excluait pas des frappes ciblées ni l’envoi de troupes pour « protéger les chrétiens ». Ce discours, largement repris par les milieux évangéliques américains, cherche à justifier des actions militaires sous un vernis religieux clivant.

Déjà, le 25 décembre 2025, les États-Unis avaient mené une opération militaire aérienne dans l’État de Sokoto, tuant plusieurs combattants liés à l’État islamique. Ces frappes auraient également visé d’autres États comme Zamfara et Katsina. L’action avait été coordonnée avec Abuja, qui avait donné son feu vert pour éviter toute action unilatérale.

À l’époque, le président nigérian Bola Tinubu avait insisté sur le caractère souverain de la décision, soulignant que « les renseignements étaient nigérians et que la lutte contre le terrorisme ne devait pas être instrumentalisée à des fins religieuses ou géopolitiques ». Cette ligne reste d’actualité, bien que le gouvernement nigérian affirme que les groupes terroristes visés attaquent indistinctement musulmans et chrétiens.

Une coopération sécuritaire sous surveillance

Malgré l’approbation officielle d’Abuja, les frappes américaines avaient été perçues comme disproportionnées. Les médias américains évoquaient alors l’utilisation de 16 missiles Tomahawk, d’une valeur de 30 millions de dollars, pour viser un groupe d’insurgés pourtant restreint. Des observateurs y voyaient une démonstration de force liée davantage à la politique intérieure américaine qu’à la réalité du terrain.

Pour l’heure, Washington tente de présenter cette mission comme technique et ciblée, destinée à renforcer les opérations antiterroristes locales. Néanmoins, la question de la présence militaire étrangère au Nigeria reste sensible, notamment dans un contexte africain où de plus en plus de pays refusent désormais toute ingérence occidentale sur leur territoire.

À mesure que la présence américaine sur le terrain devient visible, de nombreuses voix s’interrogent sur la suite. Pour l’instant, aucune date de départ n’a été annoncée, et Washington continue de souligner que la lutte contre le terrorisme dans la région reste une priorité stratégique.