La virulence du ton employé par certains médias saoudiens révèle l’ampleur de l’affront ressenti à Riyad. Le quotidien al-Jazirah accusait les Émirats arabes unis de trahir « Dieu, son prophète et la communauté musulmane », un vocabulaire d’une rare dureté entre deux alliés historiques.
Depuis plusieurs semaines, une véritable guerre médiatique s’installe, portée autant par des journaux proches du pouvoir que par des comptes anonymes sur les réseaux sociaux, signe que la rivalité longtemps feutrée entre ces deux voisins arabes du Golfe a désormais éclaté au grand jour.
Deux axes qui se font face
Pour les analystes, le niveau de tension est inédit. Si les responsables politiques restent prudents, les espaces médiatiques sont devenus le principal champ de bataille, rappelant la campagne menée contre le Qatar à partir de 2017. Mais cette fois, la différence est de taille : Riyad et Abou Dhabi ne parlent plus d’une seule voix.
Le basculement s’est cristallisé autour du Yémen, lorsque l’Arabie saoudite a frappé des positions du Conseil de transition du Sud, soutenu par les Émirats. Les accusations de prisons secrètes contrôlées par des forces pro-émiraties ont encore envenimé la situation, malgré les démentis d’Abou Dhabi.
La confrontation dépasse toutefois le seul dossier yéménite. Les discours saoudiens de plus en plus hostiles à Israël, dénoncés par des responsables et journalistes israéliens, ont été relayés par des voix émiraties, signataires des accords d’Abraham. Pour plusieurs analystes, la région se recompose désormais autour de deux axes : un bloc israélo-émirati, tourné vers la coopération militaire, technologique et économique, et une coalition islamique emmenée par Riyad, avec la Turquie, le Qatar ou le Pakistan, qui se présente comme un contrepoids.
Malgré cette montée des tensions, aucun des deux camps ne semble vouloir la rupture. Les démentis officiels, les appels à la retenue et les gestes d’apaisement traduisent une volonté de contenir la rivalité. Mais les signaux économiques, comme les difficultés de visas signalées par certaines entreprises, montrent que la crise pourrait durablement affecter les relations entre deux puissances désormais concurrentes.