« Je n’aurais jamais imaginé pouvoir skier dans mon pays. » En octobre 2022, la déclaration du skieur saoudien Fayik Abdi illustrait l’ambition spectaculaire de Riyad après l’attribution controversée des Jeux asiatiques d’hiver de 2029. Mais ce symbole de la transformation voulue par le royaume vient de s’évanouir.
Dans un communiqué conjoint, le Comité olympique et paralympique saoudien et le Conseil olympique d’Asie ont annoncé le report de l’événement à une date indéterminée, confirmant les difficultés majeures rencontrées par le projet.
Pensé comme la vitrine internationale du mégaprojet NEOM, le complexe de Trojena devait incarner la capacité de l’Arabie saoudite à défier les contraintes naturelles. La station promettait des pistes de ski accessibles toute l’année à plus de 1 500 mètres d’altitude, un vaste lac artificiel, ainsi que des hôtels et chalets de luxe au cœur du désert. Mais derrière les annonces officielles, les retards de construction, les surcoûts et les défis climatiques ont progressivement rendu le calendrier intenable.
Trojena, vitrine fissurée de NEOM
Pour de nombreux experts, l’échec était prévisible. Les volumes d’eau nécessaires au fonctionnement des infrastructures, la complexité technique du chantier et l’isolement géographique du site ont alimenté les doutes dès l’origine. Le report des Jeux intervient d’ailleurs alors que Riyad revoit plus largement les ambitions de NEOM, initialement présenté comme une cité futuriste hors norme, aujourd’hui redimensionnée autour de projets jugés plus réalistes.
Sur le plan symbolique, Trojena s’inscrivait aussi dans une rivalité régionale, à un moment où l’Arabie saoudite cherchait à rivaliser avec le Qatar sur le terrain du soft power sportif. Mais cette stratégie apparaît désormais coûteuse et déconnectée des priorités internes, alors que la population attend des améliorations concrètes en matière de logement, de mobilité et de qualité de vie.
Les autorités saoudiennes tentent de contenir l’impact réputationnel du report en mettant en avant des arguments environnementaux et la nécessité de développer progressivement les sports d’hiver. Si l’épisode Trojena reste un revers gérable, l’attention se concentre désormais sur les grands rendez-vous à venir, en particulier la Coupe du monde de football de 2034, devenue l’enjeu central de la stratégie sportive et politique du royaume.