Au lendemain des bombardements massifs israéliens qui ont frappé plusieurs villages du Sud-Liban, un vaste élan de solidarité s’est spontanément déployé à travers le pays. Alors que des immeubles entiers ont été soufflés et que des dizaines de familles se sont retrouvées sans toit, des Libanais ont ouvert leurs maisons, proposé des voitures, de l’argent ou un hébergement gratuit, souvent avant même que les autorités locales ne puissent dresser un premier bilan.
Les témoignages recueillis par L’Orient-Le Jour racontent ce réflexe d’entraide immédiat. Jihad Assi, habitant d’Ansar, confie ainsi que quelques minutes après la destruction de son immeuble, « une cinquantaine de personnes m’ont proposé leur logement, leur voiture et même de l’argent liquide ». Encore sous le choc, il dit sa colère face à l’impuissance de l’État, tout en saluant une solidarité qu’il juge profondément ancrée dans les habitudes locales. Aujourd’hui hébergé chez des proches avec son épouse, il affirme pourtant une chose : il ne quittera pas son village.
Dans la nuit du 21 au 22 janvier, l’aviation israélienne a bombardé successivement Qennarit, Kfour, Jarjouh, Kharayeb et Ansar, dans ce que les habitants décrivent comme les frappes les plus violentes depuis la trêve du 27 novembre 2024. Les destructions ont entraîné le plus important mouvement de déplacement depuis le cessez-le-feu. À Qennarit, le président de la municipalité, Zein Khalifé, évoque des immeubles entièrement rasés et des dizaines d’appartements gravement endommagés.
Des logements gratuits
Face à l’urgence, l’entraide a pris des formes très concrètes. Sur les réseaux sociaux et les groupes WhatsApp, des messages se sont multipliés pour proposer des logements gratuits. Abdallah Bdeir, commerçant à Nmairiyé, a ainsi accueilli une famille ayant tout perdu et se prépare à en recevoir une autre. « C’est notre devoir d’aider, même si la situation économique est difficile », explique-t-il à L’Orient-Le Jour, tout en s’efforçant de subvenir aux besoins essentiels des déplacés.
La tragédie humaine se lit aussi dans les destins individuels. Ali Fayçal Issa, militaire de Qennarit, venait de se marier et d’emménager la veille des frappes. Son appartement, fruit de cinq années d’économies, a été détruit avant même qu’il n’y passe une nuit. Désormais sans abri, le couple est séparé, chacun retourné chez ses parents.
Dans les rues de Beyrouth, des rassemblements ont également eu lieu pour dénoncer les bombardements et afficher un soutien clair aux habitants du Sud. Dans un pays éprouvé par les crises, ces gestes rappellent qu’au-delà de la colère et du désarroi, la solidarité demeure l’un des derniers filets de protection pour les civils.