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Riyad reprend la main sur la scène sunnite libanaise

La visite de l’émissaire saoudien Yazid ben Farhane à Beyrouth marque le retour actif de Riyad sur la scène sunnite libanaise. Elle intervient après le scandale du faux prince «Abou Omar» et à l’approche des législatives. L’Arabie saoudite cherche à réaffirmer son influence politique tout en multipliant les canaux de dialogue.

La récente visite en catimini à Beyrouth de Yazid ben Farhane, émissaire de la cour royale saoudienne, le 16 janvier, au même moment que celle de Jean-Yves Le Drian, marque un tournant discret mais significatif dans l’implication de Riyad au Liban. Au-delà de ses entretiens officiels avec les responsables politiques et sécuritaires, en marge de la conférence internationale de soutien à l’armée libanaise prévue début mars, le diplomate saoudien a multiplié les rencontres avec des personnalités influentes de la communauté sunnite.

Une démarche interprétée comme une volonté claire de réaffirmer l’Arabie saoudite comme référence politique sunnite, après des années de retrait et dans le sillage du scandale du faux prince « Abou Omar ». En effet, un individu se faisant passer pour un prince saoudien a créé un scandale au pays du Cèdre. Moyennant d’importantes sommes d’argent envoyées à ce fameux saoudien prénommé Abou Omar, les élus sunnites libanais pensaient avoir accès aux cercles très restreints des décideurs politiques saoudiens et bénéficier des bonnes grâces de Riyad.

Le grand retour de l'Arabie saoudite au Liban

Cette affaire, qui a ébranlé plusieurs cercles sunnites, est perçue par de nombreux observateurs comme le symptôme d’un vide de leadership laissé depuis le retrait de Saad Hariri de la vie politique en 2022. L’émissaire saoudien est ainsi intervenu dans un contexte de recomposition accélérée, notamment après l’affaiblissement du bloc parlementaire de la Modération nationale.

Yazid ben Farhane a rencontré plusieurs députés sunnites, anciens haririens ou indépendants, pour évoquer en priorité la réussite de la conférence du 5 mars et la stabilité institutionnelle, tout en faisant passer un message d’ordre et de clarification à l’approche des prochaines législatives.

Si certains élus estiment que Riyad cherche à structurer les rangs sunnites en vue du scrutin attendu cet été, d’autres affirment que le diplomate s’est limité à rappeler l’importance du respect du calendrier électoral, sans s’immiscer directement dans les équilibres internes. Une chose est néanmoins acquise : l’Arabie saoudite affiche son retour, dans un Moyen-Orient en recomposition, marqué par le recul de l'axe pro-iranien et les rivalités croissantes avec les Émirats arabes unis.

Sur le plan politique, l’absence de clarification autour d’un éventuel retour de Saad Hariri contraste avec les signaux favorables envoyés au Premier ministre Nawaf Salam, jugé ferme sur les réformes économiques et le monopole des armes. En parallèle, Riyad entretient ses liens avec ses alliés traditionnels, tout en ouvrant des canaux de dialogue plus larges, y compris avec des formations chrétiennes auparavant éloignées. Une stratégie tous azimuts, destinée à rappeler que, malgré les silences passés, l’Arabie saoudite entend à nouveau peser sur les équilibres libanais.