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Syrie : Damas impose un tournant décisif face aux forces kurdes du Nord-Est

Damas a repris des territoires clés aux FDS dans le Nord-Est syrien, renforçant son contrôle politique et énergétique. Un cessez-le-feu et un nouvel accord actent le déploiement de l’État syrien et l’intégration progressive des forces kurdes. Entre pression militaire et concessions politiques, Ahmed al-Chareh impose un tournant majeur pour le pays.

Le pouvoir syrien a engrangé l’un de ses succès stratégiques les plus significatifs depuis la chute du gouvernement Assad. En quelques jours, les autorités dirigées par le président intérimaire Ahmed al-Chareh ont profondément rebattu les cartes dans le Nord et le Nord-Est du pays, jusque-là largement contrôlés par les Forces démocratiques syriennes (FDS), à dominante kurde.

Après avoir repris deux quartiers d’Alep, l’offensive s’est accélérée au cours du week-end, ouvrant la voie à un nouvel accord politique entérinant un cessez-le-feu immédiat et le déploiement de l’État syrien dans trois gouvernorats orientaux.

Tout s’est précipité le 17 janvier avec la prise de Deir Hafer et de Maskana, avant l’entrée des forces gouvernementales dans la ville stratégique de Tabqa. Ce verrou, situé à l’ouest de l’Euphrate, constituait un nœud logistique majeur reliant les territoires kurdes aux zones sous contrôle de Damas.

Dans la foulée, le pouvoir central a repris un barrage proche de Raqqa ainsi que le champ gazier de Conoco, le plus important du pays, renforçant considérablement son emprise sur les ressources énergétiques syriennes. Le nouvel accord prévoit d’ailleurs le transfert de la gestion des champs pétroliers et gaziers à l’État.

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Ces avancées ont été facilitées par le ralliement de groupes tribaux arabes hostiles aux FDS, contribuant à l’effritement de leur contrôle dans des régions à majorité arabe. Privées d’un soutien local essentiel, les forces kurdes ont vu leur position devenir intenable à Raqqa et Deir ez-Zor, dont l’administration a rapidement été remise à Damas. Le gouvernement récupère également la gestion sécuritaire et juridique des prisons et camps détenant des membres de l’État islamique, jusque-là sous responsabilité kurde.

En parallèle du rapport de force militaire, Damas a multiplié les signaux politiques. Un décret présidentiel a reconnu le kurde comme langue officielle et affirmé des droits nationaux pour cette minorité, dans une tentative d’ouverture jugée symbolique mais insuffisante par de nombreux Kurdes. Cette stratégie mêlant pression militaire et concessions politiques visait avant tout à pousser les FDS à s’intégrer à l’État central par la négociation.

Les États-Unis, partenaires historiques des FDS, ont adopté une posture prudente. La rencontre à Damas entre Ahmed al-Chareh et l’émissaire américain Tom Barrack, après des échanges avec Mazloum Abdi à Erbil, illustre une volonté de Washington d’éviter une issue purement militaire. Soutenu par la Turquie et l’Arabie saoudite, Damas semble avoir exploité cette ambiguïté pour transformer son coup de force en victoire diplomatique, ouvrant une nouvelle phase dans la recomposition du paysage syrien.