L’agence Reuters a révélé, le 17 janvier, que l’administration Trump avait engagé des échanges confidentiels avec Diosdado Cabello, ministre de l’Intérieur du Venezuela, plusieurs mois avant l’opération militaire du 3 janvier ayant conduit à l’enlèvement illégal du président Nicolás Maduro et de son épouse par des forces américaines.
Cette opération militaire, qualifiée d’acte d’agression par les autorités vénézuéliennes, a été dénoncée par plusieurs pays comme une violation flagrante du droit international.
Ces discussions auraient duré jusqu’aux semaines précédant l’intervention militaire et se poursuivent encore aujourd’hui. D’après plusieurs sources anonymes citées par Reuters, les échanges portaient sur les sanctions imposées par Washington contre Diosdado Cabello, ainsi que sur l’acte d’accusation pour narcotrafic qui le vise. Bien que figurant dans le même dossier judiciaire que Nicolás Maduro, il n’a pas été inquiété lors de l’opération.
Les responsables américains auraient averti le ministre vénézuélien de l’Intérieur de ne pas mobiliser les forces de sécurité ou les groupes pro-gouvernementaux qu’il contrôle contre l’opposition. L’objectif affiché : éviter une flambée de violence après l’enlèvement du président Maduro. Le dispositif sécuritaire placé sous l’autorité du ministre — services de renseignement, police et armée — est resté intact après l’opération.
Un rôle clé dans les plans américains durant la transition
Reuters précise que les échanges se sont déroulés à la fois directement et par l’intermédiaire de tiers. Ces contacts, restés jusqu’ici secrets, s’inscrivent dans la stratégie américaine visant à contenir la situation au Venezuela tout en préservant ses intérêts, notamment dans le secteur pétrolier.
Dans ce contexte, la figure de Delcy Rodríguez, désignée présidente par intérim après le coup de force du 3 janvier, bénéficie d’un soutien affirmé de Donald Trump. Pour plusieurs observateurs cités par Reuters, Diosdado Cabello détient cependant le pouvoir de faciliter ou de compromettre les plans américains. Son positionnement reste flou, bien qu’il ait publiquement affirmé sa loyauté envers la nouvelle présidente.
Les plans américains de « transition » politique, présentés par Washington comme une stabilisation, sont perçus par Caracas comme une tentative de mise sous tutelle du pays.
Personnalité incontournable du pouvoir à Caracas et allié historique du président Maduro, Diosdado Cabello dirige les services de sécurité intérieure et joue un rôle central dans l’organisation de l’ordre public au Venezuela. Bien que certaines sources américaines et opposantes aient utilisé des termes critiques à propos de ses responsabilités, le gouvernement vénézuélien met en avant sa solidarité et sa fidélité à la souveraineté nationale dans un contexte de pression extérieure accrue.
Un homme sous pression mais toujours en poste
Recherché par les États-Unis, qui offrent jusqu’à 25 millions de dollars pour toute information menant à son arrestation, Diosdado Cabello continue pourtant d’exercer ses fonctions à Caracas. Lors d’un récent discours, il a dénoncé « l’ingérence impérialiste » de Washington, assurant que « le Venezuela ne se rendra pas ».
La poursuite de ces contacts entre les États-Unis et le ministre vénézuélien soulève des questions sur les véritables intentions de l’administration Trump. Si certains analystes américains évoquent une stratégie de neutralisation progressive des figures du pouvoir, les autorités vénézuéliennes, elles, dénoncent une tentative de déstabilisation orchestrée depuis l’extérieur. Le ministère de l’Intérieur a fait état de 83 morts lors de l’intervention américaine.
Malgré ce climat de tension, les liens entre Delcy Rodríguez et les États-Unis semblent se renforcer. Elle aurait rencontré à Caracas le directeur de la CIA, John Ratcliffe, pour discuter de coopération en matière de sécurité et de stabilité économique.
Dans ce nouvel échiquier, le rôle de Diosdado Cabello demeure incertain. Homme fort encore en place ou futur obstacle à éliminer pour Washington ? Les révélations de Reuters lèvent le voile sur les négociations souterraines qui façonnent aujourd’hui l’avenir politique du Venezuela.