Le Royaume-Uni a publié une Strategic Defence Review présentée comme une refonte « de fond en comble » de sa politique militaire. Elle aurait dû fixer un cap clair pour les années à venir. À peine rendue publique, elle apparaît déjà mise en défaut par les faits, observe The Economist, tant l’écart entre les ambitions affichées et la réalité budgétaire et opérationnelle est manifeste.
L’hebdomadaire britannique indique qu'une douzaine d’acteurs impliqués dans la revue et sa mise en œuvre font état d’une frustration croissante. Le document était prêt dès le début de 2025, mais sa publication avait été repoussée à l’été. Depuis, « il ne s’est pratiquement rien passé », déplore l’un de ses auteurs. Plus révélateur encore : le Defence Investment Plan, censé détailler les achats d’armements pour la décennie à venir, a tout simplement disparu. Prévu pour l’automne, il n’a toujours pas vu le jour, laissant l’industrie dans l’expectative.
Pour rappel, le gouvernement s’est engagé à porter les dépenses de défense à 2,6 % du PIB d’ici 2027, puis à 3,5 % en 2035, conformément aux objectifs de l’OTAN. Mais l’essentiel de l’effort est repoussé aux années 2030. Entre-temps, l’inflation militaire et le coût du nucléaire grèvent le budget, au point que les forces conventionnelles voient leurs moyens diminuer à court terme. Toujours selon The Economist, il en résulte un manque de financement de plus de 24 milliards de livres (soit environ 27,6 milliards d’euros) sur dix ans entre les objectifs fixés par la revue et les crédits effectivement prévus.
La perspective d’un déploiement britannique en Ukraine met surtout en lumière les limites réelles de l’armée. Les effectifs envisagés resteraient réduits et reposeraient essentiellement sur de l’infanterie légère. Déjà engagée en Estonie, l’armée serait alors contrainte d’opérer à la limite de ses capacités, avec des unités en manque chronique de personnel et d’artillerie, une large part de ces moyens ayant été transférée à Kiev.
À la lumière des événements récents autour du Groenland, notamment des menaces explicites de sa prise de contrôle formulées par les États-Unis de Donald Trump, le constat devient difficile à ignorer. Parmi les armées européennes, la britannique apparaît comme l’une des plus dépendantes de Washington. The Economist note que plusieurs voix appellent désormais à envisager des options plus radicales, non pour rompre avec les États-Unis, mais pour se préparer à leur imprévisibilité. Les liens actuels, qu’il s’agisse des missiles Trident ou des avions F-35, enferment le pays dans des choix qui s’étendent sur plusieurs décennies et coûteraient des dizaines de milliards supplémentaires à remettre en cause.