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Vers un nouvel axe militaire Ankara–Riyad–Islamabad ?

La Turquie cherche à rejoindre un pacte de défense en négociation entre l’Arabie saoudite et le Pakistan, selon Bloomberg. L’alliance reposerait sur de fortes complémentarités militaires, industrielles et stratégiques entre les trois pays. Elle pourrait redessiner les équilibres sécuritaires régionaux et renforcer leur autonomie stratégique.

La Turquie accentue ses efforts pour rejoindre un pacte de défense en cours de négociation entre l’Arabie saoudite et le Pakistan, une initiative qui pourrait donner naissance à un nouveau bloc militaire au Moyen-Orient, sur fond de tensions persistantes dans le Golfe et autour de l’Iran.

Selon Bloomberg, les discussions entre Ankara, Riyad et Islamabad ont atteint un stade avancé et la conclusion d’un accord est désormais jugée très probable par des sources proches du dossier.

Vers un Otan musulman ?

Ce rapprochement s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération militaire et industrielle. D’après Reuters, le Pakistan multiplie les négociations pour exporter des équipements militaires de pointe, notamment des avions de combat JF-17 et des systèmes aériens, cherchant à valoriser son expertise stratégique dans un contexte de fortes contraintes économiques.

Islamabad et Ankara s’affirment ainsi comme des acteurs majeurs de l’industrie de défense dans le monde musulman, tandis que Riyad consolide ses partenariats sécuritaires pour diversifier ses alliances au-delà du cadre traditionnel occidental.

Un pacte de défense trilatéral lierait ces trois puissances aux atouts complémentaires : l’Arabie saoudite, première économie du monde arabe et gardienne des lieux saints de l’islam, apporterait sa capacité financière et son poids diplomatique. Le Pakistan, seul pays musulman doté de l’arme nucléaire, offrirait une dimension de dissuasion stratégique. La Turquie enfin, dotée de la deuxième armée de l’OTAN et d’une industrie de défense en pleine expansion, renforcerait la crédibilité militaire de cet ensemble.

Ce réalignement marque une évolution notable après des années de divergences politiques. Ankara et Riyad se sont longtemps opposés, notamment à la suite du Printemps arabe et sur plusieurs dossiers régionaux. Mais depuis 2021, un processus de normalisation est à l’œuvre, nourri par des convergences stratégiques croissantes, en particulier face aux recompositions régionales et à l’incertitude sur l’engagement américain. Pour les trois capitales, ce rapprochement vise à renforcer leur autonomie stratégique et à peser davantage sur les équilibres sécuritaires du Moyen-Orient.