Dans son discours télévisé du Nouvel An, Mette Frederiksen a fustigé l’attitude de celui qu’elle a décrit comme « l’allié le plus proche du Danemark », dénonçant une année marquée par des « menaces, des pressions et des propos condescendants ». Sans citer directement les États-Unis, la Première ministre danoise a clairement visé les ambitions américaines sur le Groenland, rejetant toute tentative de remise en cause de la souveraineté du Royaume.
Elle a critiqué une vision qu’elle juge dépassée des relations internationales, fondée sur l’appropriation territoriale : « Vouloir prendre le contrôle d’un autre pays, d’un autre peuple, comme s’il s’agissait de quelque chose qu’on pouvait acheter et posséder… Cela n’a pas sa place dans le monde d’aujourd’hui », a-t-elle déclaré. Insistant sur la position de Copenhague, elle a assuré que le Danemark ne cherchait pas la confrontation, tout en affirmant qu’il ne céderait pas aux pressions : « Quoi qu’il arrive, nous resterons fermes sur ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. »
Dans ce contexte de tensions provoquées par Washington, la cheffe du gouvernement a confirmé une accélération majeure du renforcement militaire danois, notamment dans l’Arctique. « Jamais auparavant nous n’avons renforcé notre force militaire de manière aussi significative, aussi rapidement », a-t-elle souligné.
Unité royale et mobilisation défensive dans l’Arctique
Cette prise de position intervient après la nomination, en décembre 2025, par Donald Trump, du gouverneur de Louisiane Jeff Landry au poste d’envoyé spécial des États-Unis pour le Groenland. Une décision perçue à Copenhague comme une provocation directe et un mépris du droit international, alors que le président américain affirme vouloir « faire du Groenland une partie des États-Unis » pour des raisons de « sécurité nationale ».
Le roi Frederik X a lui aussi adopté un ton grave dans son message du Nouvel An. Évoquant des temps « turbulents », il a salué la « fierté et la force » des Groenlandais et mis en avant l’intensification des programmes d’entraînement militaire dans l’Arctique, signe d’une militarisation croissante imposée par les tensions venues de l’extérieur.
Sur le plan diplomatique, la réaction a été immédiate. Le ministre des Affaires étrangères Lars Lokke Rasmussen a convoqué l’ambassadeur des États-Unis et qualifié la nomination de Jeff Landry de « totalement inacceptable ». Une déclaration conjointe avec le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen a rappelé que « les frontières nationales et la souveraineté des États sont ancrées dans le droit international » et qu’« on ne peut pas annexer un autre pays, même au nom de la sécurité internationale ».
Un climat de méfiance désormais assumé
La défiance vis-à-vis de Washington se reflète désormais dans les documents officiels danois. Début décembre, les services de renseignement du pays ont, pour la première fois, identifié les États-Unis comme une menace potentielle pour la sécurité nationale. Selon The New York Times, le rapport met en cause l’usage croissant par Washington de pressions économiques et la possibilité désormais assumée de recourir à la force militaire, y compris contre des alliés.
Donald Trump continue pourtant de justifier ses ambitions, affirmant vouloir « protéger » la région. Lors d’une conférence de presse en Floride, il a déclaré que « les États-Unis ont besoin du Groenland, pas pour les minerais, mais pour la sécurité ». Une rhétorique déjà connue, utilisée régulièrement pour masquer les visées géostratégiques américaines.
Parallèlement, à Nuuk, le consulat américain poursuit ses activités. Il continue de recruter des stagiaires non rémunérés afin de relayer les priorités de la politique étrangère américaine auprès de la population locale, une initiative dénoncée sur place comme une tentative d’influence.
Face à cette pression persistante, Copenhague affiche une ligne claire et assumée. Le message adressé à Washington est sans ambiguïté : le Groenland ne deviendra pas une base américaine dans l’Arctique.