Selon une étude d’Oxford, la poésie est un moyen parfait pour recruter des djihadistes

© Stringer Source: Reuters

La chercheuse d’Oxford Elisabeth Kendall a découvert que la poésie pouvait être un excellent moyen pour le recrutement de candidats au djihad. Ses conclusions font partie d’un livre à paraître sur le djihad au XXIe siècle.

Dans son livre elle indique que les audiences arabes sont particulièrement sensibles à la puissance des textes versifiés. Cette affinité est expliquée par le lien intime entre cette forme artistique particulière et la recherche d’authenticité culturelle dans la culture arabe, selon Kendall.

«La capacité de la poésie à émouvoir les auditeurs ou lecteurs arabes, à infiltrer le psychisme et à créer une aura de tradition, d’authenticité et de légitimité autour des idéologies qu’elle enchâsse, constitue ainsi une arme parfaite pour les causes des militants djihadistes», explique Kendall dans son essai, « Al-Qaïda au Yémen et la poésie en tant qu’arme », qui fait partie du livre à paraître, Le djihad au vingt-et-unième siècle.

Ce pouvoir poétique prend ses racines dans l’enseignement religieux du Coran. La force des traditions orales dans des endroits reculés où il y a peu d’accès à l’Internet ou à d’autres moyens de communication est un facteur important à cela.

Ailleurs, la tradition trouve aussi un écho favorable chez les populations arabes prospères. Aux Émirats arabes unis, le programme de téléréalité, Millions de poètes, parfois appelé «Poetry Idol» tient le rôle d’une version locale de la Star academy et rassemble plus de téléspectateurs que les matches de football, sport le plus populaire dans la région.

Ainsi, il n’est pas surprenant que la poésie ait trouvé de nouvelles applications, surtout au cours de trois dernières décennies, avec des journaux extrémistes islamiques proposant des poèmes «exaltant les vertus des militant djihadistes et chantant les récompenses qui les attendent. Cependant, les chercheurs et analystes ont presque complétement négligé la poésie arabe djihadiste contemporaine, au bénéfice de canaux de communications et de formulations plus ordinaires. En outre, la poésie peut transmettre des messages à une plus large audience lorsqu’elle s’intègre naturellement dans une longue tradition de transmission orale, en particulier dans la péninsule arabique, propageant des idées via une récitation répétée et psalmodiée qui peut se transformer en hymnes. La langue de la poésie imite celle dans laquelle [le Coran] a été révélé… les publications djihadistes font un usage peu scrupuleux des poèmes du patrimoine classique, en omettant d’en mentionner les auteurs, et dans lesquels le public peut percevoir des réminiscences de la tradition orale», indique Kendall.

«La beauté de la langue, les intonations solennelles, les motifs et les rythmes puisés dans les poèmes classiques n’ont pas manqué d’impressionner».

Ainsi, l’ancien leader d’Al-Qaïda, Oussama ben Laden a célébré, en 2000, le mariage de son fils avec des vers qu’il a écrits lui-même, célébrant l’attaque contre le destroyer USS Cole au large du Yémen, en octobre, la même année.

D’après Kendall, la poésie contemporaine d’inspiration djihadiste est importante parce qu’elle met aussi en lumière aussi la vie quotidienne, les motivations et les groupes sociaux dynamiques des protagonistes du djihad. Ce faisant elle marque le paysage politique où elle est d’habitude employée.

Pour arriver à ces conclusions, Kendall s’est fondée sur des documents tirés de conversations avec plus de 2 000 personnes dans la région yéménite de Mahra. La recherche se concentre sur l’importance de la poésie dans la vie quotidienne des habitants de la région et faisait partie d’une étude plus large sur les réalités socio-économiques conduites par l’ONG Mahra Youth Unity Organization.

L’étude a été réalisée en décembre 2012 auprès de répondants illettrés. Kendall a trouvé surprenant que près de 74% d’entre eux aient qualifié la poésie d’ «importante» ou de «très importante» dans leur culture.

Elle a aussi compris que l’attrait pour la poésie était plus fort dans les régions éloignées, auprès des tribus du désert, dans les groupes économiques les plus pauvres et auprès de ceux qui portaient une arme sur eux. «La pénétration de la télévision et le niveau d’éducation ne semblent pas avoir d’impact notable», a–t-elle écrit.

Le caractère solennel et la rythmique des poèmes classiques sont ensuite mêlés à l’imagerie actuelle des sites en ligne de radicalisation, sur les réseaux sociaux et sites de flux vidéo tels que Youtube. L’ajout de symboles tels que le drapeau américain en flammes ou le World Trade Centre lors des attaques du 11 septembre, sont des sujets populaires.

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Kendall évoque aussi des images de «djihadistes à l’entraînement et d’enfants morts en Irak et à Gaza, avec une musique d’ambiance et un effet de réverbération qui accentuent l’effet des vers monorimes et rehausse le caractère dramatique d’une lutte apocalyptique entre le bien et le mal, qui est un thème sous-jacent dans la plupart des poèmes.

Ces facteurs combinés expliquent pourquoi l’endoctrinement idéologique est beaucoup plus important que l’entraînement militaire. Sur ce point l’avis de Kendall, rejoint celui de tous les universitaires.

«L’enquête a montré comment la poésie peut injecter des idées dans le psychisme profond grâce un cocktail de techniques : des images fortes, des allusions historiques et des parallèles, la beauté linguistique, le rythme et les rimes», a-t-elle conclu.

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