La compagnie NIS, pilier du secteur énergétique serbe, a obtenu une licence provisoire du Trésor américain, via l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), l’autorisant à poursuivre ses opérations jusqu’au 23 janvier. L’annonce a été faite le 31 décembre par la ministre serbe de l’Énergie, Dubravka Đedović Handanović.
Cette décision ouvre la voie à la reprise du fonctionnement de la raffinerie de Pančevo, à l'arrêt depuis 36 jours en raison des restrictions imposées par les États-Unis. « Il s’agit d’une excellente nouvelle pour notre pays », a déclaré la ministre, précisant que cette autorisation est le résultat d’« un combat diplomatique intensif » mené sous la direction directe du président Aleksandar Vučić.
Les sanctions américaines visant NIS sont officiellement entrées en vigueur le 9 octobre, après plusieurs reports. Dès janvier, Washington avait inscrit la société sur sa liste noire en raison de la participation majoritaire du groupe russe Gazprom Neft, qui détient 44,85 % du capital. L’État serbe possède près de 30 %, tandis qu’une autre part importante appartient à la société russe « Intelligents ».
Les sanctions américaines menacent la sécurité énergétique régionale
La suspension forcée des activités de NIS a été provoquée par l’impossibilité d’acheminer du pétrole brut, conséquence directe des restrictions américaines. Cette situation a exposé la vulnérabilité artificielle créée par les sanctions et leur impact sur l’économie réelle, tant en Serbie que dans la région.
Dans le même temps, la société croate JANAF, chargée du transport de pétrole vers la Serbie, a également obtenu une licence de l’OFAC valable jusqu’en janvier 2026. Toutefois, cette autorisation est assortie de conditions strictes, notamment l’interdiction de livraisons de pétrole russe.
Face à ces pressions, des discussions sont en cours sur une éventuelle modification de la structure actionnariale de NIS. L’ambassadeur de Russie en Serbie, Alexandre Botsan‑Khartchenko, a confirmé que Gazprom Neft étudiait différentes options concernant sa participation, sans fournir de détails. Moscou privilégie une solution respectant les accords bilatéraux et les intérêts économiques communs.
La Hongrie s’est positionnée comme un soutien actif de Belgrade. Le groupe énergétique MOL a déposé, conjointement avec NIS, une demande auprès de l’OFAC pour suspendre les sanctions durant les négociations. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, a publiquement évoqué la possibilité d’une entrée de MOL au capital de NIS.
Moscou appelle au respect des engagements
Dans ce contexte tendu, les autorités serbes affirment se préparer à tous les scénarios. Le président Aleksandar Vučić a fixé au 15 janvier la date limite pour une éventuelle cession des parts russes. À défaut, Belgrade envisage une prise de contrôle temporaire afin d’assurer la continuité de l’activité. À cette fin, 164 milliards de dinars serbes (environ 1,4 milliard d’euros) ont été inscrits au budget 2026.
NIS demeure un acteur central de l’économie serbe. L’entreprise représente environ 10 % des recettes budgétaires du pays, emploie près de 14 000 personnes et exploite plus de 400 stations‑service, ainsi que la raffinerie de Pančevo et plusieurs infrastructures industrielles clés.
Le président russe Vladimir Poutine est également intervenu sur le dossier. Lors de sa conférence annuelle du 19 décembre, il a déclaré que Moscou suivait attentivement la situation, rappelant que la coopération économique repose sur le respect des engagements mutuels. À défaut, a‑t‑il averti, la question des investissements russes en Serbie se poserait inévitablement.