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Proche-Orient : «Il est essentiel de ne se couper de personne», estime Villepin

L’ancien Premier ministre et chef de la diplomatie française a mis ce 27 octobre en garde les Occidentaux contre leur approche «moraliste» du conflit à Gaza, soulignant les risques d’escalade et d’isolation sur la scène internationale. «Si les Russes peuvent apporter une contribution», alors «cela ira dans le bon sens», a-t-il aussi commenté.

«Les Occidentaux doivent ouvrir les yeux sur l’ampleur du drame – historique – qui se joue devant nous pour trouver les bonnes réponses», a estimé ce 27 octobre l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, Dominique de Villepin. Au micro de RMC, celui qui fut également le chef de la diplomatie française, a mis en garde contre plusieurs «pièges» dans lesquels les Occidentaux sont en train de tomber, selon lui, dans la foulée de l’offensive meurtrière du Hamas.

Au risque d’«engrenage» militaire et d’extension du conflit dans la région, s’ajoute à ses yeux celui de «l’occidentalisme» ainsi que du «moralisme». «Nous avons en quelque sorte la preuve, à travers de ce qui se passe en Ukraine et de ce qui se passe au Proche-Orient, de ce deux poids deux mesure qui est dénoncé partout dans le monde», a estimé l'ancien diplomate.

Une perception occidentale qui choque les autres nations : «le reproche est toujours le même» relate-t-il, évoquant ses déplacements à travers le monde. «Vous dénoncez ce qui s’est passé en Ukraine et vous êtes bien timide face au drame qui se joue à Gaza», lui dit-on. Et Villepin de rapporter aussi les griefs à l'encontre de l'Etat hébreu : «voilà 70 ans que les résolutions des Nations Unies sont votées en vain et qu’Israël ne les respecte pas».

Eviter d’«assassiner l’avenir»

Une telle erreur de perception pourrait coûter cher aux chancelleries occidentales, estime l’ancien ministre. La question palestinienne «pour les peuples arabes, reste la mère des batailles», a-t-il souligné, appelant à ne pas «assassiner l’avenir». Une référence aux tentatives de normalisation des relations entre les pays arabes et Israël, qui depuis trois semaines s’éloignent à mesure que l’Etat hébreu poursuit son siège de la bande de Gaza.

«Le Hamas nous a tendu tendu le piège de l’horreur maximale», déclare-t-il avant d'ajouter que «la condamnation morale de ce qu’a fait le Hamas ne doit pas nous empêcher d’avancer politiquement et diplomatiquement de façon éclairée», à une Apolline de Malherbe semble-t-il gênée par la démonstration de son invité.

La menace de l'isolation

«La loi du Talion est un engrenage sans issue», assure encore Villepin, rejetant une solution militaire : «il y a des choses qu’aucune armée au monde ne sait faire, c’est gagner dans un combat asymétrique contre des terroristes». «La guerre contre le terrorisme n’a jamais été gagnée nulle part», insiste-t-il, soulignant là encore les «engrenages dramatiques» qui découlent des combats.

«Regardez les réactions en Indonésie, en Afrique, au Nigéria, tout cela forme un tout», explique-t-il ensuite : «c’est le nouveau monde dans lequel nous sommes, sachant qu’aujourd'hui nous ne sommes plus en position de force, nous ne sommes pas capables de gérer seuls en gendarmes du monde tout cela». Et de conclure : «c’est là qu’il est essentiel de ne se couper de personne sur la scène internationale», évoquant le concours de Pékin, qui s'est illustré diplomatiquement au printemps dernier en permettant la normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et l’Iran, jusqu’alors considérés comme irréconciliables.

«Tout le monde», insiste-t-il lorsque la journaliste le relance, lui demandant si son désir d'ouverture inclut les Russes. «Si les Russes peuvent apporter une contribution en faisant en sorte de calmer un certain nombre des factions de cette région, et bien cela ira dans le bon sens», précise-t-il alors.